260925_dffbdf6df8369731d10a388f104bbf6735af41cb

 

 Nicolas a beau scruter Myriam Harchel, il ne voit pas de quel héroïque dessin elle peut être chargée…

-Je suis désolé mais je ne comprends pas. Que se passe-t-il ici ?

-Venez !

On passe à l’étage. Un couloir sépare deux séries de chambres dont la plupart sont fermées. Un des pièces est, malgré tout, ouverte. Le sol est en couvert d’un parquet aussi luisant et bien entretenu que partout ailleurs. Les murs sont tendus de rose pâle et les fenêtres hautes de rideaux gris. Aucun meuble n’est en place. Une odeur discrète sourd de la pièce, mélange de vétiver et de rose que le jeune homme identifie facilement. Nicholas et Myriam entrent dans la chambre vide et elle le laisse écarter les rideaux d’une des fenêtres pour contempler le jardin désert. Constatant qu’il en a, de son promontoire, une vue plus avantageuse, il constate que le parc qui entoure la maison est non seulement vaste mais parsemé de constructions. De là où il est, s’il reconnaît bien les sculptures de naïades qu’il a admirées en venant, il identifie trois pavillons très ouvragés, chacun munis d’un jardinet. Chacun de ces pavillons a un style architectural différent, évoquant soit l’Océanie, soit l’Extrême-Orient soit les Amériques. Son regard se portant plus loin, il aperçoit un grand bassin paisible, empli sans doute de poissons et de nénuphars, les mêmes statues évoquant monstres et nymphes mythologique et enfin, un ravissant kiosque à musique comme seul le dix-neuvième siècle a su en produire. Quand il quitte son poste d’observation, il guette les explications de Myriam mais celle-ci se montre avare.

-C’est très joli, n’est-ce pas ?

-Il y a beaucoup de chambres comme celle-là ?

-Oui, mais elles sont occupées.

-Je pensais qu’il n’y avait personne.

-Je veux dire qu’elles sont « investies ». C’est la raison pour laquelle les portes en sont fermées. Ces pièces sont des Loges. Il s’y déroule des rituels particuliers et je dois le dire, assez secrets. Toutefois, il arrive que momentanément, l’une d’elles soit libérée de toute présence. C’est la raison pour laquelle nous avons pu entrer ici.

-Il en va de même au second étage ?

-Absolument.

-Je devrais garder les étages !

Elle sourit.

-Non. Vous vous tiendrez en bas. Mais les visiteurs utiliseront ces pièces, toujours dans une logique scrupuleuse, jamais au hasard.

Ils reprennent l’escalier aux rampes torsadées. Elle lui montre une pièce quadrangulaire nantie d’une sorte de comptoir et d’une caisse enregistreuse. Sur trois côtés, les murs sont couverts de rayonnage ou de sortes de vitrines. Ils entrent.

-Ici, c’est l’accueil. On vient là quand on arrive pour prendre une boisson chaude ou faire quelques achats. Vous le découvrirez vite, le fonds documentaire est important car les demandes sont très variées. Elles portent autant sur des ouvrages de fonds que sur des revues ; La Fondation en émet une. Pour le reste, les visiteurs qui arrivent sont quasiment tous des pensionnaires. Ils s’intéressent aux K7 concernant la Fondation, si tant est qu’elles soient nouvelles et ils veulent aussi se procurer des films qui correspondent à leur problématique : les enfants cachés pendant la seconde guerre mondiale, la guerre d’Algérie, la guerre du Liban, les mouvements révolutionnaires en Amérique latine et l’existence de foyers à idéologie nazie partout dans le monde. Ici, c’est à la fois une librairie et une bibliothèque. Vous vous gérez les ventes. Pour ce qui est des boissons et de la restauration, vous n’êtes pas concerné.

-Je vends des livres dont je ne connais pas le contenu ?