chaises de cafe

Nicolas, jeune homme en souffrance, parle avec une Anglaise excentrique qui lui indique une fondation en Provence. Celle-ci pourrait bien le guérir de ses maux...

Il se retrouve face à elle une après-midi sur la terrasse de sa maison. Elle a un mug de thé dans les mains et il boit pour sa part du café. Elle commence dans son français hésitant mais ayant compris que Nicholas parle anglais bien mieux que Sylvia, elle enchaîne.

-Il y a une fondation à Lourmarin. Vous connaissez ce village ?

-Oui, bien sûr. Une fondation ?

-Disons que c’est un musée.

-Un musée sur quel thème ?

-Je ne peux vous expliquer cela simplement et ce n’est pas à moi de le faire. La fondation a besoin d’un gardien pour l’hiver. Je sais qu’il a déjà commencé mais  ils ne sont pas contents de la personne qu’ils ont engagée et qui d’ailleurs va partir. Quelqu’un de jeune, d’actif, d’assez adroit pour s’exprimer en deux langues pourrait convenir. Il faut une personne qui n’ait pas d’engagement ailleurs, qui soit solide et discrète avec disons…Un sens du silence et une certaine expérience de la perte d’un être aimé…

-Je ne pensais pas qu’on pouvait demander autant à un gardien…

-Il ne s’agit de tenir le parc en état ou de faire des réparations quelconques dans la maison. Ils ont ce qu’il faut pour cela. En fait, vous ferez un peu d’accueil, vous guiderez les visiteurs. Il y en a toute l’année.

-« Ils »

-Oui, c’est une fondation, je vous l’ai dit. C’est une directrice d’école parisienne qui, une fois à la retraite, a rejoint le sud de la France. Elle s’était dotée d’une mission et elle a trouvé cette grande métairie. Peu à peu, est née L’Echappée belle, qui est un lieu de mémoire et de travail. Depuis les années cinquante, c’est un lieu assez rayonnant mais bien sûr caché aux touristes.

-Il y a très longtemps que je ne suis plus retourné à Lourmarin. Ce nom…Il me semble qu’on parlait d’une secte…

-Les activités de la Fondation sont mystérieuses pour beaucoup ; l’imagination se délie vite…

-Comment s’appelait cette directrice d’école ?

-Germaine Million.

-Et vous me conseillez de tenter ma chance là-bas ?

-Oui. Je vais être directe, Nicholas. Vous n’avez pas envie d’étudier à Marseille cette année et ce n’est rien, une année perdue. Ici, vous ne me dérangez pas mais je ne peux pas vous employer. J’ai déjà Sylvia. Ce travail est une chance et vous devez la saisir.

-Mais comment savez-vous que cette place est vacante ?

-Je le sais. Pour ce genre d’emploi, il ne paraît jamais d’annonce. Ils utilisent un réseau de gens qu’ils connaissent et qui peuvent leur fournir des noms. Ils n’ont pas besoin d’en avoir beaucoup. Je ne dis pas que vous serez recruté. Je dis que vous devez les contacter. Ils feront leur choix. Vous êtes un bon candidat.

-Vous connaissez peu ma vie.

-Sylvia m’en m’a dit assez.

-Et elle ?

-Elle, non. La directrice s’appelle Myriam Harchel.

-Elle a besoin d’un curriculum vitae ?

-Une simple lettre de présentation.

-Dites-moi de quoi il retourne. Je sens que vous ne me dites pas tout.

-Contactez madame Harchel, Nicolas.

  

PLACE COLETTE CAFE

Myriam Harchel. Lourmarin.

Janvier 1990. Septembre 1991.

Lourmarin est un de ces beaux villages orangés qu’abrite la Provence. Petit, Nicolas y est allé avec sa mère et ses grands-parents. Ils s’y sont promenés puis ont pique-niqué à l’écart. Plus tard, il y est revenu à plusieurs reprises d’abord avec Olivier et ses parents puis seul avec son ami. Tous deux se sont laissés guider par le souvenir d’Albert Camus, qui y a acheté une maison et y est enterré ; Ils ont tenté en passant et repassant dans la même rue de croiser Catherine, la fille de l’écrivain car elle a repris la maison de son père. Et au cimetière, ils se laissée gagner par l’émotion. Parmi toutes les lectures qu’ils ont faites, L’Etranger le Mythe de Sisyphe leur restent au cœur.