Nicolas. Manosque. Milan.

Février 1988. Septembre 1989.

Journal. Mars 1988

Il faut que je lui parle mais pour cela, je dois trouver le biais qui me permette de le faire. Elle voit bien que je suis décidé à revenir régulièrement à Marseille désormais mais elle ne me fait pas confiance. Elle pense, en fait, que c’est ma petite amie qui justifie mon revirement. Elle n’a pas tort mais je dois insister. Je le fais maladroitement. Oui, j’ai  mal pris son mariage et je n’aime pas son inaction. Je les ai agressés violemment, Lapierre et elle avec mes collages mais j’ai tout accepté des années durant sans émettre la moindre plainte. Ma réaction a été disproportionnée car, quoi, elle était contente de se marier et je vois qu’elle va beaucoup mieux maintenant. Il l’a rassurée. Quant à ma demi-sœur, c’est une enfant ravissante.

 

MERE DIFFICILE

Mai 1988

Une semaine à Rome avec mon père, guide érudit, intarissable dans ses commentaires et plutôt joyeux. J’écris à ma mère pour lui raconter ce voyage. Elle se dit contente ensuite. Mes récits sont vivants.

 

Juillet 1988.

Côte amalfitaine avec Gianni, Sofia et Vittorio. Je ne les rejoins que huit jours. Il ne parle jamais de Lydiane. Il est clair qu’il ne lui a pas mené la vie facile.

Je fais à ma mère le compte-rendu de mes vacances et elle me parle des siennes. Vincent l’a emmenée en Bretagne à sa demande et ils passent deux semaines à Quiberon. Le temps est beau et ils sont ravis ; Claire va bien. Il n’aimait pas voyager, me dit-elle, pour l’avoir fait contraint et forcé avec ses parents, enfant et jeune homme. Mais il s’est rendu à ses raisons ; Il lui a fait visiter Paris, lui a montré l’Alsace et les pays de Loire et maintenant la Bretagne.

Elle est contente qu’on s’écrive.

 

Octobre 1988

Je suis en terminale. Sylvia eu dix-huit ans. Vivant toujours dans la terreur que son père ne réapparaisse, elle a répondu à l’annonce d’une Anglaise qui cherche une gouvernante. Quand elle me l’a annoncé, je l’ai cru folle. Comment une fille de dix-huit ans qui doit passer son bac peut-elle être la « gouvernante » d’une sexagénaire excentrique tout juste arrivée de Londres ? En fait, Sylvia a ému cette femme, qui s’est acheté une jolie petite maison à Cassis et veut y vivre.  Elle veut passer son temps à peindre, à écrire des anagrammes et des petits poèmes et à nourrir les chats errants des environs. Selon mon amoureuse, cette femme l’a comprise. Elle l’a donc engagée comme employée de maison, à Cassis. Ainsi échappe- t-elle à cet appartement marseillais où elle craint qu’un jour son père, sorti de prison, ne la retrouve et la batte. Son petit frère est à Milan où la situation de sa mère s’améliore. Le divorce est en cours.

Sylvia est reçue par ma famille. Ma mère a fait un bon déjeuner. Nous passons une belle après-midi. Le soir, quand nous sommes seuls, Sylvia me dit :

-Elle est fragile, ta mère et puis ses hommes ! Ton père, dis-moi, il n’a pas été sérieux avec elle. Lui tourner le dos comme ça ! Je sais que je devrais penser à mon cas avant de parler, mais quand même. Et le nouveau, le médecin, il la considère comme une petite chose délicate…

-Vraiment ?

-Oui, vraiment.

-Ce n’est pas flatteur ?

-Non.

contrat3

 Décembre 1988

Noël familial. Elle est contente que je sois là. J’ai mis du temps à lui choisir un cadeau ; c’est un foulard. Il n’est pas coûteux mais il est joli.

Elle est souriante mais un peu distante, lointaine. Elle est dans ses rêves.

 

Mars 1989

Liz Chester adore que Sylvia ait un petit ami franco-italien. Elle m’accueille très souvent. J’aurais du mal à dire que ses tableaux sont très beaux mais le plus drôle est qu’elle sait très bien elle-même qu’ils sont approximatifs. Cette femme me stupéfie. Elle a été mariée deux fois, a élevé quatre enfants, divorcé de son premier époux et est veuve du second. Elle a été au service des autres des années durant et maintenant, elle s’occupe d’elle-même ! Je dors souvent là-bas avec Sylvia. Celle-ci ne travaille que pour son anglaise et délaissé le lycée. Elle repassera le bac en candidate libre plus tard.

Ma mère a ri en voyant les photos des tableaux de Liz et plus encore quand elle a vu l’Anglaise en photo. Une vraie originale !

J’espère qu’elle est plus proche de moi.

 

Juin 1989

Epreuves du baccalauréat.