milan a noel

Nicolas va à Milan voir un père oublieux. Celui-ci, surpris, fait pourtant son possible. 

Pour Noël, Gianni est conciliant. La veillée du vingt-quatre est familiale. Ils seront tous les quatre, iront au Dôme pour la célébration et réveillonnerons ensuite. Le vingt-cinq, il y aura un grand repas familial chez les parents de Sofia. Ils seront une vingtaine en tout, ses parents à lui étant invités ainsi que les sœurs de sa femme et leurs conjoints et sa grande sœur revenue pour une brève période de Californie. Le père italien ne biaise pas. Nicholas peut les suivre mais se sentira un peu perdu. L’autre alternative est qu’il reste seul dans l’appartement…Nicolas apprécie la veillée de Noël et la célébration dans la cathédrale mais, comme prévu, il peine à trouver sa place lors du grand repas familial. Celui-ci lui permet de mesurer l’écart qui existe entre cette grande famille plutôt chaleureuse où chacun a fait de longues études et l’univers dans lequel il a grandi. Vittorio, petit prince rieur, a de la chance…

Les jours passent de nouveau et cette fois c’est Sofia qui monte au créneau. Le trente et un décembre, ils seront avec un autre couple dans un restaurant chic avec soirée dansante. Ils ne peuvent pas l’emmener.  Nicholas ne se démonte pas et appelle Sylvia. Elle est manifestement contente de l’entendre.

-Comment ça se passe ?

-Plutôt bien.

-Ce n’était gagné ! Tu me rassures. Quand je t’ai vu te diriger vers la cabine téléphonique, je me suis demandé comment tu allais t’en tirer. Ils ont fait la gueule un peu quand même ?

-Ils font beaucoup d’efforts. C’est pour le trente et un. Je voudrais savoir si tu as un peu de temps libre.

-Le soir ?

-Euh oui.

MILAN A NOEL NOEL

-Ma mère et ses copines vont faire un karaoké géant. Elles sont vraiment folles. Tu peux venir mais là où elle habite, ce n’est pas Corso Trieste, ça, je te l’assure. Demande à ton père de te dire comment arriver jusqu’à nous !

-Tu es certaine que je ne vais pas déranger ?

-Non. Mais ce sera bruyant. Ils ont trouvé une grande salle dans le coin et ils feront un feu d’artifice dans la nuit. Apporte quelque chose de simple à manger.

Il est sidéré qu’elle lui dise oui si vite ! Gianni, quand il entend parler de Sylvia, se met à sourire.

-Tu me rassures ! Cet internat de garçons en France, c’est bien mais ça t’écarte des jeunes filles. Elles existent tout de même et de ce côté-là, tu sembles si réservé ! Ne le prends pas mal, Nicholas mais ton éducation actuelle me fait davantage penser au dix-neuvième qu’au vingtième siècle. Tu es comme enfermé et si virginal…

L’adolescent ne voit pas les choses ainsi. Le lycée Saint Joseph ne l’enferme que de façon salutaire et lui évite bien des dérives. Il y a les filles bien sûr et là-dessus, son père a raison. Elles ne sont guère que des silhouettes pour lui et il n’a que l’autoérotisme…

Le soir du trente et un venu, il regarde avec émerveillement Sofia et Gianni se parer. Elle a mis l’élégante robe noire Prada qui lui a offert à Noël et elle porte des escarpins à hauts talons. Ses cheveux sont savamment coiffés car elle est allée chez le coiffeur l’après-midi même  Elle arbore de superbes pendants d’oreille et est maquillée à ravir. De son côté, il est lui-aussi très élégant, portant un costume noir très bien coupé sur une chemise blanche de belle facture. Il porte une paire de ces chaussures italiennes qui ont fait la réputation de leur pays. Si l’on ajoute à celui son manteau noir et son écharpe en cachemire rouge, il est magnifique. Depuis qu’il est arrivé, Nicholas est fasciné par la façon qu’à son père de défendre une image ni trop élégante ni trop sérieuse. Ce qu’il porte le reflète et le met en valeur. Et pour tout dire, il est beau.

Sofia et lui chargent Nicolas de petits gâteaux sucrés et salés  préparés par Lina. C’est facile à transporter, au moins. Ils ont commandé un taxi pour l’adolescent et lui donne de quoi le payer.

-Demain, appelle pour qu’on vienne de chercher ou fais-toi expliquer comment t’approcher d’une ligne de métro. De là, on viendra te récupérer. Ton amie habite une banlieue lointaine et demain, tu auras du mal à te déplacer.

Nicholas s’en va et dès qu’il retrouve Sylvia, il se sent bien. Anna, sa mère, vit pourtant dans une HLM milanaise sans grand confort mais il y a déjà beaucoup de monde et tous s’affairent joyeusement. Plus tard, ils se rendent au local loué pour la soirée et là, le jeune homme s’amuse comme jamais il ne s’est amusé. Tout le monde se succède au karaoké qui mêle succès italiens, français et américains. Tout le monde s’en donne à cœur joie, chante, rit et discute. Il est très heureux et Sylvia, qui est sans cesse avec lui, a l’air de l’être elle-aussi. Quand, à l’aube, ils retournent dans l’appartement, il s’aperçoit qu’il va dormir dans sa chambre. Il en est ému mais il est plein de désirs et elle-aussi. Ils se dénudent et s’étreignent et il sait alors qu’on peut aimer très vite et très fort, d’une façon absolue qui rend incroyablement léger.

Elle reprendra le train comme lui. Ils se verront à Marseille. Ils se protégeront l’un l’autre. Ils s’entraideront et s’aimeront.

Nicholas retrouve Gianni et Sofia ainsi que le petit Vittorio. Le 3 janvier, il reprend le train. Sylvia est déjà dans le compartiment.

Gianni prend la parole.

-On se reverra mais on se met d’accord sur les dates. Tout s’est bien passé car tu n’as commis aucun impair mais tu dois avouer que tu nous as mis devant le fait accompli ! Les prochaines fois, je prévoirai quelque chose à Rome et il à Florence aussi et la Vénétie. Et puis, la côte amalfitaine…

-Oui, on se mettra d’accord…

-Et pour tes études, après le bac, il te faudra faire les bons choix. Nous en discuterons.

-Il le faudra.