PINACOTHEQUE BRERA MILAN

Féru d'histoire, Gianni promène dans Milan, Nicolas, son fils brutalement retrouvé...

Au Moyen-Âge, Milan est dirigée par des comtes  entre 840 et 979 puis par des Comtes-archevêques de 979 à 1100. Ce sont ensuite  des Consuls ou des Podestats impériaux qui la gouvernent. À l'époque moderne, Milan est la capitale d'un duché tenu d'abord par la famille Visconti, dont le nom figure sur les remparts du Château des Sforza. Sa dynastie tient la ville de 1263 jusqu'en 1447, puis elle cède la place à la famille Sforza après le bref intermède de gouvernement populaire de la République ambrosienne de 1447 à 1450).

Les rois de France (Valois-Orléans) revendiquant des droits dynastiques sur le duché de Milan participent aux guerres d'Italie à la Renaissance. En 1535, à la mort de François II Sforza, dernier duc de Milan, la ville passe aux mains des Espagnols de Charles Quint, puis est conquise par les Autrichiens en 1713 avant de faire partie de la République cisalpine sous Napoléon Bonaparte. En 1859Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne, qui deviendra par la suite roi d'Italie, s'empare du Milanais. La ville a donc une histoire riche que Gianni ne cesse de décliner en marchant avec son fils.

-Le dix-neuvième siècle et le Risorgimento  ont fait les beaux jours de Milan. Elle a joué un rôle politique considérable et encore aujourd’hui, il est étonnant de voir combien la Lombardie a été prépondérante dans la construction de l’Italie moderne. Le sentiment d’unité et de cohésion nationales a été plus tardif, ici. Ce pays s’est vraiment constitué comme tel en 1861. Si tu veux, c’était comme un assemblage d’états qui se mettaient à défendre les mêmes valeurs et formaient soudain une nation. N’oublie qu’à partir des invasions barbares, l’Italie n’a plus été unifiée. L’empire romain d’occident, qui était par la puissance de ses institutions et sa force armée, le garant d’un monde, a cessé d’exister. Et c’était en 476 ! L’onde de choc a été énorme et l’Italie s’est compartimentée en royaumes distincts, souvent à la merci d’envahisseurs voraces. Vous nous avez envoyé Napoléon, nous en savons quelque chose. Chaque royaume vivait en autarcie et guerroyait contre ses voisins tout en tentant de se défendre des grandes puissances et là, je pense à l’Autriche. Donc, je me répète, la conscience d’être italien est beaucoup plus tardive qu’en France ; Au travers de plusieurs guerres d’indépendance, ce pays s’est unifié et consolidé. Rome a été finalement choisie comme capitale non sans d’âpres discussion. C’était surtout le siège du Vatican et le Risorgimento n’a pas été tendre pour les états du Pape. Ses possessions ont grandement diminué. En fin de compte, Rome n’est devenue capitale de l’Italie unifiée qu’en 1871. Tu es donc dans un pays de  constitution toute récente où le sentiment national est un ciment qui a mis du temps à prendre. La maison de Savoie était toute puissante, ici et Turin était la capitale du royaume. Avec le centralisme romain, Turin s’est affaibli et Milan a pris de l’importance. Mais je m’arrête là car nous y passerions la nuit…

Ecoutant son père avec passion, Nicholas mesure l’étendue de sa culture. Comme ils se rendent à la pinacothèque Bréra, vaste musée occupant les murs d’un ancien monastère jésuite du seizième et dix-septième siècles, il reste émerveillé. Le musée est principalement axé sur la peinture religieuse, même s’il possède trente-huit salles. Qu’il s’agisse de Raphael, de Mantegna, de Véronèse, de Luca Signorelli ou de Bramante, il a une belle faconde pour présenter les œuvres, le père italien, à tel point qu’on le trouve meilleur que les guides locaux.

Nicholas ne tarde pas à voir se rassembler autour d’eux plusieurs visiteurs du musée qui souhaitent profiter des explications érudites de ‘universitaire. Quand celui-ci s’en rend compte, il se met à rire. 

emmaus BRERA MILAN

 

C’est qu’il est suffisamment intelligent pour ne pas être fat, ce bel homme au visage si latin. C’est devant Le Souper à Emmaüs, du Caravage qu’il se surpasse. Peint en 1606 et conservé à Milan, ce tableau dispose d’une seconde version, qui est à Londres. Jésus, ayant ressuscité après sa crucifixion, est réputé apparaître à deux de ses disciples mais sous d'autres traits que ceux qu'il avait jusqu'alors (en effet, il est ici représenté jeune et imberbe. Après avoir conversé avec eux le long de la route qui les mène à Emmaüs, le soir venu, tous trois s'arrêtent pour se restaurer : c'est alors le moment de la révélation traité par le tableau.