VISAGE DU PERE

 

Arrivé sans prévenir à Milan pour y voir son père, qui a disparu des années durant, Nicolas se trouve face à un homme courtois mais fier et rusé...

 

Le taxi emporte Nicholas. L’immeuble est placé dans une rue très passante et le quartier est résidentiel. C’est un bâtiment ancien à quatre étages. L’entrée sent bon la cire à cause, sans doute, de l’escalier ancien à la rampe ouvragée. Il prend l’ascenseur et monte au troisième. Lina lui ouvre et il comprend qu’elle est en quelque sorte l’intendante de cette maison. Il pénètre dans un grand salon éclaboussé de couleurs et se prend à sourire. Canapés de cuir blanc, tables basses, rayonnage de bibliothèques, coin salle à manger plus contemporain que le reste, il est saisi. Tout est raffiné, bien agencé dans ce salon aux beaux volumes encombré de fleurs et d’objets d’art. Des livres d’art et de photographie s’empilent sur des meubles de famille. De grands tableaux évoquant l’impressionnisme ornent les murs. Nicholas ne peut qu’être séduit ; cet appartement, c’est un univers. Il suit Lina à la cuisine et celle-ci lui sert un vrai chocolat chaud avec des biscuits secs qu’elle a confectionné elle-même. Elle est peu bavarde d’abord mais dès qu’elle comprend que le jeune garçon parle italien, elle devient chaleureuse et très bavarde. Elle ne connaît pas bien la France où elle juste une cousine qui vit à Menton. Elle est allée la voir une ou deux fois mais mis à part le fait que tout le monde parlait français elle n’a pas vu de grandes différences avec la riviera italienne, qu’elle connaît bien. Elle est originaire de San Remo. Ce qu’elle fait ici ? S’occuper de cette famille. Elle ne trouve pas cela difficile de cuisiner pour eux car ils sont toujours enthousiastes. Et puis, elle adore Vittorio, qu’elle appelle un bon petit diable. Il est si actif et si gai qu’il remplit la maison d’allégresse. Content de parler avec elle à bâtons rompus, l’adolescent n’ose la déranger trop longtemps et se cantonne dans la chambre d’ami. Elle est belle et sobre, toute blanche avec des rideaux et un jeté de lit jaune à motifs. Il y découvre un téléviseur et un lecteur de K7. Qu’à cela ne tienne, il regarde Le voleur de bicyclette et Umberto D, deux films du néoréalisme italien dont il a entendu parler mais qu’il n’a pas vus. Il somnole aussi et le temps passe. Quand Gianni arrive suivi de très près par Sofia et Vittorio qu’accompagne  une fille au pair allemande, il est détendu mais ils le voient tout de suite à la façon dont ils le regardent, il est possible qu’il soit allé trop loin…Soucieux de ne provoquer aucun esclandre, c’est d’abord Sofia qui le questionne sur son voyage puis sur ses études. Elle n’est pas amicale ni chaleureuse mais elle est polie et le met en confiance. C’est une jolie italienne du nord mince mais avec des formes affirmées. Elle porte un jean avec des bottines, un pull noir à col rond qu’elle a orné d’un rang de perle et une veste façon chanel. Elle a des boucles d’oreille et elle s’est joliment fardée. Il se demande un moment quel est son parfum avant de s’arrêter sur Coco. Il le lui dit et elle rit. Tout le monde ne trouve pas aussi vite. Quant à sa veste, elle tient à rectifier l’idée de Nicholas. Ce n’est pas une contrefaçon de Chanel, c’est un cadeau de Gianni et donc un produit authentique. Le père italien de son côté évite le malaise en devisant avec son fils du contenu de leurs dernières lettres. Nicholas s’interrogeait sur sa faible connaissance de la grande littérature italienne, sur le fascisme et sur le pouvoir réel du Vatican dans l’Italie d’aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, on peut aborder ses sujets ! Et les autres aussi car l’adolescent se pose beaucoup de questions sur les limites de la démocratie dans son pays par exemple. Et ceci, sans évoquer le reste. La conversation va donc bon train jusqu’au soir, entrecoupé par les éclats de rire de Vittorio, beau petit garçon aux cheveux châtain clair dont la vitalité et la joie de vivre sont communicatives. Après un premier dîner sympathique, le ton est donné. Si Nicholas veut que tout se passe bien, il faut qu’il élude le sujet de l’abandon dont il a fait l’objet pour se tourner vers un père qui ne demande qu’à lui faire vivre un bon séjour.