JEUNE HOMME QUI GUETTE

 

Nicolas, séparé de son père, veut retrouver ce dernier à Milan...

L’idée est bien sûr de se revoir et elle va se précisant. D’autant que Gianni n’est pas avare pour parler de sa ville. Milan, c’est la capitale économique de l’Italie auprès de laquelle Rome et ses charmes méditerranéens revêtent un caractère provincial. Du reste, elle est connue pour son centre d'affaire, c'est elle et non Rome qui abrite la bourse italienne. Ses bars branchés ajoutent à la réputation d’une ville connue aussi pour le design et pour la mode dont elle est la capitale, en Italie mais aussi dans toute l'Europe. Gianni, milanais de souche, est formel. Si les touristes évitaient les stéréotypes, ils resteraient à Milan et ceci pour plusieurs raisons. D’abord, C'est un des villes italiennes de la gastronomie. La ville et sa région ont créé des plats très connus et répandus maintenant dans toute l'Italie : l'osso buco et le Panettone par exemple. On mange très bien en Lombardie et on craque très vite pour une côtelette ou un risotto à la milanaise au bon goût safrané ! Et puis marcher dans le centre historique, c’est parcourir les siècles, passant des ruines romaines aux châteaux moyenâgeux. Il n’y a vraiment pas de quoi s’ennuyer et surtout être déçu. Le dimanche, les Milanais vont sur la place du Dôme et ils remontent tout le Corso Vittorio Emmanuelle où les boutiques sont ouvertes. Tout est plein de vie. Et pour finir, Milan peut s’enorgueillir d’une des meilleures scènes de l’opéra mondial : la Scala. Quant à son musée principal, la pinacothèque, elle contient entre autres des Bellini, des Mantegna, des Raphael et des Caravage…

Tout en parlant de sa ville avec entrain, évoquant ses cafés, ses places, ces théâtres et tout ce qui peut s’y dérouler d’inattendu et de moderne, Gianni, conscient ou pas de ce qu’il fait, tisse une toile dans laquelle il attire son jeune fils. Il prend tantôt le ton d’un guide touristique tantôt celui du maître de conférences (qu’il est) ; Il est aussi à même de parler comme un quidam amateur de bons petits plats où comme un homme qui aime la mode et qui, donc, recherche les stylistes qui montent. Enfin, il est difficile de résister à son style à la fois élégant et précis. Il sait décrire. Il a le sens de l’anecdote. Et ses lettres, parfaitement tournées, sont des modèles d’éloquence. Voilà un homme qui, en français ou en italien, a le sens de la rhétorique. Il veut plaire à ce fils lointain qu’il se représente mal, les photos ne faisant pas tout mais il est loin de mesurer l’effet que ses lettres lui font. Pour l’adolescent, elles sont galvanisantes ; Aussi, gardant tout au plus profond de lui-même, il échafaude, début décembre, un plan. Il ne peut aller en Italie sans autorisation parentale mais s’il ment bien, Lydiane lui en signera une. N’est-elle pas sa représentante légale ? Il ira voir son père et pour ce faire, il prendra un train de nuit au départ de Marseille.

UNE FORME DE GIANNI

A sa mère, il dira bien sûr que l’invitation de son père est ferme et que tout un programme de visites est prévu. Milan, mais Rome aussi. Des forums impériaux, ils lui enverront des cartes postales ou peut-être des photos d’eux ! Ils iront dans les jardins de la villa Borghèse et dans les escaliers de la Trinité des monts. Ils iront voir le Colisée et la Bouche de la vérité. Gianni a organisé un petit séjour dans la ville éternelle au moment du premier de l’an. Ce seront de très belles fêtes. Auparavant bien sûr, ils auront séjourné à Milan, vu le Dôme, les principales curiosités et les beaux quartiers. Pourtant averti du caractère parfois difficile de son fils et de ses revirements cuisants (la fausse acceptation de la naissance de Claire puis le reniement de sa « nouvelle famille »), Lydiane ne comprend pas que son fils lui ment. Elle trouve magnifique que Gianni se réveille enfin et son mari, pourtant plus sagace qu’elle, pense aussi que l’invitation existe. Il craint simplement que les retrouvailles soient compliquées. Nicolas maintient le cap. Il ne dit pas  qu’il n’a pas averti son père de sa venue et qu’il compte le faire au dernier moment. En fait, il n’attendra pas la réponse, mettant son père devant le fait accompli.

A aucun moment avant que n’arrivent les vacances, Nicolas n’éprouve le moindre doute sur son projet ; Il ne s’en ouvre d’ailleurs ni à Frère Bastien, avec lequel, se sentant libre, il parle de plus en plus ni à Olivier à qui il promet de passer le trente et un décembre en famille, avec lui. Il sera toujours bien temps de leur expliquer sa décision, quand il sera revenu d’Italie.

Le vingt et un décembre, Lydiane et Vincent le conduisent à la gare Saint-Charles. La jeune femme prend un air dégagé et ne charge son fils d’aucun message. Lapierre, plus terre à terre, dit à son beau-fils d’être prudent. Les vols dans les trains sont fréquents. Le train s’en va et bien avant la frontière, Nicolas  s’assoupit. Quand il s’éveille, des mots dansent dans sa tête :

Gianni Fallacci

125 Corso Trieste

Milano