dessin ABSTRAIT

Nicolas veut renouer avec son père italien qu'il a perdu de vue. Pour le père oublieux, retrouver un fils lointain par le biais de la littérature est un possible; d'où Cesare Pavese...

Parlant de lui, Gianni se surpasse. Ce soi-disant fasciste, inscrit presque par hasard au Parti, paie cher son erreur en se révélant antifasciste. Il est persécuté et humilié. Plus tard, quand il embrasse l’idéologie communiste, il croit comme beaucoup de ses contemporains à l’émergence d’un monde meilleur, loin de l’intransigeance des totalitarismes. Mais même si, sur le fond, il ne se trompe pas, quelque chose en lui est brisé. Et cette brisure porteuse de désespoir sou tend toute son existence.  Gianni, dans sa thèse, l’a décrit comme un paradoxe italien et son travail très fouillé a été applaudi.

Nicolas voit mal ce qui peut relier l’universitaire qui a le vent en poupe à cet écrivain italien au mal-être sans fond. Mais son père sait parler avec passion d’un écrivain que lui connaît à peine et il ne peut que lui accorder tout son crédit. Il se met de fait à le lire. Comme Gianni évoque les grands noms de la littérature italienne, il en profite pour parfaire sa culture. Buzzati, qui est à Milan justement en 1972, lui plaît beaucoup. Et Nicolas de lire…

De son côté, le jeune homme parle du lycée Saint-Joseph, de ses interrogations spirituelles et de sa passion pour la photo. Qu’à cela ne tienne ! Qu’il envoie ces clichés. Gianni les regarde avec attention : ces écorces d’arbre, ces mousses, ces fleurs et aussi le beau clocher de l’abbaye qu’il voit se découper de sa chambre, Nicolas sait les voir. Cependant, s’il a le sens de la composition et excelle à créer des atmosphères douces ou mélancoliques, il lui manque l’audace nécessaire pour créer de façon authentique, à savoir en ajoutant ce qu’il est. Nulle question sur l’absence de visages, nulle remarque désobligeante sur le fait que son fils lise Camus, Sartre, Mauriac et de grands écrivains du dix-neuvième. Nulle remarque amusée sur le fait que Nicholas ne commence à concevoir la foi comme une nécessité. S’écrivant tantôt en français tantôt en italien, père et fils échangent lettre sur lettre et ceci trois mois durant. Ce rythme soutenu semble convenir à l’un comme à l’autre. Du côté du jeune homme, l’admiration est tangible. Du côté du père, la curiosité dévorante…