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Adolescence morose pour Nicolas...

En Juin, Nicolas passe sans difficulté ses examens de fin de troisième. Tentant de poser les choses il se définit comme « un garçon de quinze ans ayant beaucoup grandi et dont le corps est une source de surprise et de plaisir mêlé de gêne. Il a découvert depuis quelques temps déjà, l’autoérotisme et s’en délecte. Il s’est longtemps interrogé sur le plaisir physique sans trouver la moindre réponse et en voilà une qui lui convient…

Intellectuellement, il s’estime intelligent et plutôt bon élève. Il n’est pas réellement sportif, se décrétant trop rêveur pour cela, mais il aime nager et faire des randonnées. Grand lecteur, il peut lire en trois langues : le français, l’anglais et l’italien. Pour l’anglais, il a dû se mettre sérieusement au travail, l’enseignement dispensé au lycée étant bien plus exigent que dans son petit collège d’Aix. Pour ce qui est de la foi, il ne sait dire s’il l’a ou pas mais le fait est qu’il a désormais une vie spirituelle. Sans logique ni méthode mais avec toute la force de son cœur, il prie. Apaisé par rapport à sa mère, il n’aime guère son beau-père qu’il trouve trop conventionnel. Il est en recherche de son père et n’a jamais connu de fille. C’est là, un grand manque…Pour le reste, il aime être là où il est. 

Les grandes vacances ne posent pas de problèmes. Le lycée est ouvert tout l’été et Nicolas ne voit pas de difficultés à rester dans un lieu qui l’apaise. L’ami Olivier le modère. Deux mois, c’est tout de même long ! Il l’invite à des vacances familiales dans les Alpes dans le camping-car familial. Fermiers, ses parents ont enfin décidé de prendre quelques congés, le père accusant une grande fatigue. C’est le frère aîné, Jean-Christophe, qui fait tourner l’exploitation. Tout s’étant bien passé lors de ses vacances paisibles, Nicolas passe encore trois semaines dans la ferme des Pessous avant de faire une nouvelle incursion à Marseille où il fait profil bas. Sa mère, jadis si active, joue les maîtresses de maison. Elle est très maternelle mais sait se ménager des pauses. Claire est gardée et pendant ce temps-là, Lydiane se fait masser, coiffer, manucurer. Elle fait de la gymnastique dans un club en ville et va au cinéma. Il est clair qu’elle accepte totalement que son mari ait leur foyer en charge. N’ayant jamais vu sa mère sous ce jour, Nicolas s’en étonne. Quelle est cette femme désormais si futile ? Elle a une vie rangée et il ne peut que s’en féliciter, lui qui lui en a voulu d’en avoir une dissolue mais en même temps elle est devenue conventionnelle. Que dirait Méral et sa bande s’il la voyait ? Et que pensent vraiment Martine et Bernard qui répondent à leurs invitations plus qu’ils ne les invitent eux-mêmes ? Cette même femme qui s’est tant occupée de lui, petit, et a tenu à le faire seule et celle-là même qui ne prend plus de risque et se laisse dorloter. Nicolas enrage. Il est loin de comprendre qu’ayant commencé à  travailler à seize ans, Lydiane s’est beaucoup battue. A l’aube de la quarantaine, puisqu’elle le peut, elle mène une vie paisible et sans histoire…

L’été se termine et la laissant à ses atermoiements, Nicholas retourne au lycée Saint-Joseph. Il n’y est pas arrivé depuis quelques jours que lui arrive une lettre d’Italie qui est d’abord passé par Marseille. C’est une belle enveloppe blanche doublée de rouge. Il n’y a pas à douter. Elle a été postée de Milan. C’est Gianni.