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Adolescent difficile, Nicolas est en difficulté avec sa mère dont il ne comprend pas la vie...

Toutefois, la paix est de courte durée. Quand Lydiane se rend compte qu’elle est enceinte, elle est très heureuse d’abord puis inquiète. Nicolas le prendra mal. Elle a enfin tourné la page de l’épisode Gianni qui, depuis qu’il a reçu son faire-part de mariage, a suspendu ses courriers brefs mais réguliers et ses envois d’argent. Mais son fils lui, n’a jamais accepté. Il est toujours le petit garçon qu’on remet à Milan dans un train pour la France et qui écoute sa mère pleurer en silence. Il y a une colère en lui, qui ne dit pas encore son nom mais monte. Comme l’été brûle, il finit par parler.

-C’est un garçon ou une fille ?

-Une petite fille.

-Tu as choisi un prénom ?

-Vincent veut l’appeler Claire.

-Ce n’était pas question. Qu’est-ce que tu veux, toi ?

-Claire, c’est très bien. Tu l’aimeras.

-Elle n’est pas encore née.

Elle voit bien qu’il s’apprête à dire quelque chose d’important. Il serre les dents. Avec le temps, son visage s’est modifié. Il est moins enfantin, plus pur. C’est le visage d’un ange italien aux yeux clairs. Dans quelques années, il sera beau comme Gianni devait l’être à seize ou dix-sept ans. Elle rêve…

-Il y a un lycée à Manosque. C’est le lycée Saint-Joseph. Je voudrais y être inscrit. Il y a un internat et beaucoup d’activités sont proposés.

-Pourquoi Manosque et pourquoi un internat ?

-Mamie et Papet prennent de l’âge. C’est bien si je ne suis pas toujours avec eux.

-Vincent t’a proposé de venir vivre avec nous. Il est sincère.

-Ce ne serait pas bien. Tu le sais comme moi.

-Nicolas, j’étais très jeune. Ce n’était pas facile.

-Peut-être. Je n’aime pas comme tu es. On te plaît et puis on ne te plaît plus. Tu aurais pu insister avec papa mais tu ne l’as pas fait !

-Nicolas !

-Et Claude, tu as vu comme tu as agi avec lui ! C’est dégoutant ! Et tout ce que tu ne lui as pas dit, à lui !

-Ce n’est pas une discussion, ça.

-Et pour ton travail, c’est pareil. Méral et les autres, tu les adorais et tout d’un coup, il n’y a plus personne. Tu leur as dit au revoir comme ça, en vitesse. Tu les as vexés.

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-Ce n’est pas exact. Nous avons fait une grande fête. J’ai eu un peu de chagrin en les quittant mais je n’ai plus la même vie. Elle est plus stable.

-Justement. Parlez ensemble et laissez- moi aller là-bas. Ce n’est pas le bout du monde, allez…

-Je vais lui en parler. Mais dis-moi, tu veux te rapprocher de l’Italie.

-Je ne veux pas te donner mes raisons.

-Mais il y a l’Italie !

-Peut-être. Je ne sais pas encore.

-Il s’est marié tu sais et il a eu un second fils. Je te l’ai dit mais tu as paru indifférent ; et puis, il ne m’écrit quasiment plus et il ne te contacte pas…

Ils se regardent brièvement. Son regard à lui est fuyant. Enfant, elle savait tout de lui, elle, la jeune fille de tous les matins et maintenant elle peine à lire en lui tant son univers personnel lui est fermé. Oui, tout est opaque.

Elle parle avec Vincent et ils tombent d’accord pour l’inscrire à Manosque, comme il le souhaite. Pendant quelques jours, il séjourne chez eux et paraît très occupé. Comme ils le mettent au train, puisqu’ils refusent qu’on l’accompagne, ils découvrent atterrés des collages qu’il a faits et laissés dans sa chambre. Les premiers sont d’étranges assemblages de visages. Traits connus de stars du cinéma et traits inconnus s’imbriquent pour former des visages très colorés sur fond agressif. Il a pillé les magazines de cinéma que sa mère aime acheter ainsi que ses réserves de feutres et d’aquarelle. Quelques autres incluent des tronçons de slogans publicitaires, des formes de végétation découpées dans des catalogues de jardinage et des portions de lettres manuscrites, preuve étant qu’il a fouillé dans les tiroirs car Vincent et Lydiane reconnaissent leur écriture. Légèrement choqués, l’un et l’autre ne sont pas au bout de leur peine. En effet, Nicolas a découpé des gros plans dans des revues médicales ; on y voit donc, parfaitement identifiables pour un spécialiste, un vrai défilé de maladies de peau, à des stades plus ou moins avancés. Le souci est qu’il en découpées plusieurs et les a intercalées à des photos du couple, elles-mêmes tailladées et à quelques-unes de Christian. Se profile alors une famille monstrueuse et dévastée, aux visages et aux corps marqués par la déformation. Un collage final montre un visage de bébé, formé comme les autres avec un assemblage de photos découpées. C’est un visage immonde qu’on croirait né d’expériences médicales horrifiantes.

Le tout a été fait avec un très grand soin. Aucun commentaire n’est lisible. Seul un prénom apparait sur le collage du bébé monstrueux : Claire.

Lydiane éclate en sanglot, Christian est choqué et Vincent, qui jamais ne sort de ses gonds, s’emporte pour une fois.

-Le lycée Saint-Joseph propose des ateliers pour les vacances aux pensionnaires qui ne souhaitent pas rejoindre leurs familles. Ce sera un bonheur de l’y inscrire.