ADOLPHE CONSTANT

Perdue suite à la défection de Gianni, l'homme qu'elle aimait, Lydiane a des aventures.

Elle rencontre dans un café, un ex-légionnaire dont elle devient la maîtresse. Il en a d’autres car il est très à cheval sur sa virilité et ses prouesses sexuelles. C’est un amant incandescent et qui la fait vibrer, elle qui, depuis quelques temps, a moins d’aventures. Sergio, cependant, est un type bizarre dont elle devine qu’il peut être violent. Elle le voit beaucoup. Il se dit prêt à la cloîtrer tant elle lui convient sexuellement. Il en arrive même à l’enfermer chez lui, ce qui l’affole car elle ne manque jamais d’aller une fois par semaine à Aix voir Nicolas et ses parents. Prise au piège, elle se demande comment échapper à cet amant plus primitif que primaire puisqu’il l’attend devant le théâtre, lui fait des scènes quand elle veut aller chez elle et menace de la frapper. Il se risque à la gifler en privé mais elle craint un esclandre devant Méral et ses comédiens. Aux abois, elle ne sait que faire face à cet amant fougueux qui l’emporte dans le plaisir physique plus loin que quiconque ne l’a fait, mais qui, en même temps, la traumatise. Elle est sans solution mais son corps parle pour elle. En quelques jours, elle développe sur tout son corps et son visage une sorte d’herpès particulièrement voyant. Elle est couverte de marbrures. La croyant atteinte d’une maladie honteuse et qu’elle lui a cachée, l’amant possessif la chasse de chez lui et court se faire soigner pour des troubles imaginaires. Vivant d’exactions diverses dont elle devine qu’elles sont malhonnêtes, il manque de prudence et se fait arrêter. Lydiane tremble encore pendant plusieurs semaines mais l’homme est sous les verrous. Elle respire même si elle ne guérit pas.

Cette période marque un tournant dans sa relation avec son fils. Elle le fait venir à Marseille de temps en temps et elle ne sait comment il a vent de cette liaison. Il le prend très mal. Il comprend que sa mère se sente seule mais qu’elle ait des aventures avec l’un et l’autre des comédiens de Méral (il connaît certains d’entre eux) le dérangerait moins que d’apprendre qu’elle couche avec un type louche qui a maille à partir avec la justice. Comment peut-elle faire cela ? Il se ferme à elle. La maladie de la jeune femme le laisse insensible. Il la voit commune une juste punition. Voilà ce qu’il en coûte de se traîner aux pieds d’un légionnaire tordu au passé douteux et aux sales fréquentations ! Elle ne peut donc pas rester tranquille et ne pas éclabousser l’honneur de ses parents et la jeunesse de son fils ? Quel respect a-t-elle d’elle-même pour se comporter ainsi ?

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Il ne crie ni ne se fâche mais il est froid avec elle et évite de la voir seule. Il refuse désormais de la voir à Marseille et ne la rencontre qu’avec ses grands-parents. Dépassés par les frasques de leur fille, ceux-ci ne cherchent pas à envenimer la situation mais le jeune garçon refuse tout rapprochement. C’est la première fois, depuis le pathétique retour de Milan, qu’il juge aussi cruellement sa mère et la condamne. En secret, il lui oppose l’image de cette femme disparue, celle qui, avant d’être déportée, se produisait sur des scènes parisiennes et suscitait l’admiration. Elle n’aurait jamais fait cela, même malmenée, même malheureuse. Jamais elle ne se serait couverte de ridicule. Il prononce son nom, la nuit. Il dit « Irène ». Mais il n’en parle à personne. Cette histoire entre cette actrice morte et lui doit rester secrète.

Au théâtre, on s’étonne et on plaint Lydiane, qui couvre son visage d’un épais fond de teint pour masquer le désastre. On la conseille aussi en lui donnant de bonnes adresses. Elle court les médecins.

Méral fait des prédictions :

-Il était peut-être écrit que tu devrais courir les médecins pour rattraper ton apparence perdue.

-Que veux-tu dire exactement ?

-Que tu seras soignée.

-Soit. Et quoi de plus ?

-Que tu en seras heureuse !

Puisque rien n’y fait, Lydiane finit par obtenir d’une des comédiennes qui le tient de sa meilleure amie qu’un dermatologue vient d’ouvrir un cabinet médical à Marseille. C’est une sommité et en ce cens c’est une bonne nouvelle. La mauvaise est que sa réputation parisienne l’a précédée et que, déjà, il ne sait où donner de la tête. Il lui faudra donc patienter et elle, le fait, deux mois durant, souffrant toujours de ses plaques qu’elle a partout et des démangeaisons qui les accompagnent. Elle souffre d’autant plus moralement qu’elle sait qu’au prochain courrier venant d’Italie, Gianni lui annoncera son mariage. Curieusement, il ne dit rien depuis des semaines.

Vincent Lapierre a installé son cabinet sur les hauteurs de Marseille, près de Notre-Dame de la garde. Lydiane, un foulard sur la tête, y va seule et attend longtemps dans une salle d’attente où il lui semble que les patients qui attendent ne cessent de la regarder. Enfin, une porte s’ouvre et le médecin apparaît. Il a la quarantaine et un physique un peu hautain qui ne la rassure pas. Il la fait s’allonger, se penche sur sa peau abimée et s’enquiert des traitements qu’elle a suivis. Ils sont souvent contradictoires et de toute façon peu opérants. Il lui donne à faire une batterie d’examens et lui donne un rendez-vous très proche. Il est très froid de contact mais il la rassure. Il prend son cas au sérieux. Curieusement, elle se dit au sortir de cette première consultation qu’il va soigner tout ce qui va mal à l’extérieur d’elle-même mais aussi à l’intérieur. Il va le faire, en ce sens, elle ne se trompe pas mais il va devoir se battre. Les analyses faites, il monte au créneau avec un traitement très différent de ceux qu’elle a pris. Peu de pommades et d’onguents mais des comprimés. Les effets sont longs à venir d’autant que la lettre redoutée arrive et que Méral doit passer des heures et des heures à consoler la jeune femme…