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Lydiane. Aix-Marseille.

Juillet 1984. Août 1986.

Lydiane reçoit toujours des lettres d’Italie et Nicolas a onze ans. Elle n’est jamais retournée à Milan et Gianni se s’est jamais signalé ni à Aix ni à Marseille. Il a fait du chemin, est maintenant universitaire dans toute l’acception du terme et a publié un recueil de nouvelles. Celles-ci, mi érotiques mi fantastiques, ont beaucoup plu en Italie et ont été traduites en français. Il y a aussi un roman dont l’action se situe à Rome dans les années soixante, au moment du « miracle italien ». S’il n’est pas certain qu’il ait l’étoffe pour faire une carrière d’auteur, il possède un style fluide et agréable qui plait beaucoup et surtout, il sait soigner les débuts de ces textes, trouvant les accroches nécessaires pour séduire son lecteur. Lydiane a lu les nouvelles et vient d’acheter le roman dont la traduction français vient d’être faite. Elle admire le talent de Gianni et regrette une fois encore qu’il l’ait rejetée. Elle sait qu’il plait aux femmes et qu’il a des liaisons. Comment un homme aussi séduisant que lui n’en aurait-il pas ? Toutefois, il n’annonce jamais qu’une femme est désormais plus importante qu’une autre. Ce simple fait, qui n’a en soi rien de rassurant car il transforme le jeune italien en don juan, rassure Lydiane. Toujours romanesque, elle songe souvent aux liens secrets qui les unissent encore l’un à l’autre. Elle ne tient à personne et il fait de même…

Mais tout change avec une lettre différente des autres. Il a rencontré Sofia. Elle travaille dans une importante maison d’édition milanaise et elle lui plaît. Il doit l’avouer, cette rencontre est encore très récente mais il a l’intuition qu’il s’agit de la femme de sa vie. Outre sa beauté, Sofia a beaucoup d’abattage. Elle a reçu la meilleure des éducations, passé deux ans aux Etats-Unis et possède une intelligence scintillante. Gianni se modère bien sur le fait qu’elle est très séduisante mais le coup est porté. Il laisse entendre qu’il veut lier sa vie à celle de cette femme.

Toujours employée au théâtre, Lydiane y multiplie les tâches. Elle est toujours maquilleuse mais elle est également costumière et s’occupe –très bien, d’ailleurs- du petit restaurant qui propose après chaque représentations, des plats à la bonne franquette. Elle est très appréciée et se montre le plus souvent enjouée, c’est pourquoi, quand Méral la découvre atterrée, il ne manque pas de la solliciter.

-Il va se marier, je crois.

-L’Italien ? Il y a longtemps que tu ne l’as vu. Je sais que tu espérais qu’il te reviendrait.

-Et ça n’existe qu’au théâtre, bien sûr, pas dans la vie.

-Ne compte pas sur moi pour te répondre ainsi. Tu ne veux pas tomber amoureuse et c’est, pourtant, ce qui pourrait t’arriver de mieux ; Là, je parle de ta vie. Pour ce qui est du théâtre, laisse-le de côté.

Lydiane ne comprend pas que Méral a raison. Elle l’adore mais il mène une drôle de vie d’ascète, sous ses dehors d’homme rond et affable. Que sait- il de l’amour, quand il n’est pas théâtralisé ?

-Cesse de pleurer, Lydiane !

-Non !