AMANTS DE MAGRITTE

Claude sent qu’elle ne l’aimera pas alors qu’il a des atouts pour qu’elle s’éprenne de lui et pense la comprendre. Il finit par retirer toutes ses affaires de l’appartement et enlève aussi les grandes affiches pleines de collages qui ornaient les murs. Il laisse une lettre disant qu’il est déçu. On l’est toujours quand on aime sans retour. Elle est triste quand elle voit le message de Claude mais reste telle qu’en elle-même. Anesthésiée. Seul le plaisir physique a un sens, sinon quoi ? Elle ne voit pas tout de suite que Nicolas devient insomniaque, que la maitresse d’école s’affole et la contacte. Elle a peur bien sûr quand il fugue dans le hall d’un supermarché et qu’elle peine à le retrouver. Elle arrête d’emblée avec les hommes et le plaisir et bande ses forces. A qui parler sinon à Méral.

-Je suis nulle comme mère !

-Pourquoi cela, Lydiane ?

 -J’aimais un Italien mais il m’a laissée.

-Cela arrive d’être quitté et personne ne peut rire de cela.

-Je veux l’élever seule, ce petit garçon,  mais il y a  la vie, les tentations, tous ces types…

-Et le plaisir ? Quel âge as-tu ? N’existe-t-il pas ?

-Je n’étais pas amoureuse de Claude. Il m’a quitté. Je lui en ai fait voir.

-Claude ? Bon, admettons que tu n’as pas été très claire avec lui. Il l’aura mal pris mais il est solide comme type. Il aime l’Aveyron et y est retourné. Ne t’inquiète pas de lui.

-Je suis mauvaise pour Nicolas.

-Mauvaise ? Comme tu y vas avec le vocabulaire ! Bon, plaisantons un peu ! Je monte Andromaque, figure-toi, une fille dans ton genre…Que des problèmes !

-Mais tu t’amuses de mon cas !

-Pas du tout. Tu es encore très jeune et tu es seule. Tu as besoin d’avoir du temps pour toi parce que tout est allé très vite. Tes parents aiment leur petit-fils et tu aimes tes parents ? Alors, c’est simple non ?

-Andromaque, elle est dans mon genre ?

-Oui. Elle est triste et belle. Elle a perdu Hector, qu’elle aimait par-dessus tout et elle n’est plus princesse de Troie mais une esclave dotée d’un petit Astyanax pour lequel elle tremble sans cesse car il est fragile et menacé. Tu sais, les Tragiques, c’est nous si tu y regardes bien.

-Elle a été conduite en Grèce de force, c’est cela et un général ennemi est amoureux d’elle…

-C’est plus ou moins ça.

-Mais je ne suis pas comme elle ! Je ne suis pas une prise de guerre ! Et Je ne suis pas non plus une otage !

-Si, tu en es une pour cet Italien,  même s’il ne se manifeste que par des mandats parce ce que quoi que tu dises ou fasses, tu restes à lui. Alors c’est compliqué… Et puis, Lydiane, tu m’excuseras, mais le théâtre, c’est mon rayon. Je suis metteur en scène. Ton petit bonhomme va à Aix pour le moment. Crois-moi, c’est le mieux !

-Ce n’est pas tragique, ça, il n’y a pas de dieux offensifs…

-Bien vu, c’est dramatique. Mais pour son départ, ça ne change rien. Ne m’en veux pas si je te bouscule mais on a besoin de toi ici et ça te fera voir les choses autrement d’être seule, quelques temps. Tu amélioreras ta connaissance des Classiques et Dieu sait si tu as des lacunes…

Elle tergiverse un peu puis se sent à ce que dit Méral. Il a raison. Elle a besoin de souffler.