Les Amants 1

Quittée par Gianni, son amant italien qui est retourné au pays, Lydiane, devenue maquilleuse de théâtre, s'étourdit

Un homme pourtant se faufile. Il s’appelle Claude Filistrel. Il était déjà dans la troupe de Méral, à Rodez et il est l’un des fidèles à avoir tenté l’aventure marseillaise. Lydiane est très jolie mais il ne sait ni de qui ni de quoi elle se surprotège et contrairement à bien d’autre, il ne se soucie pas de laisser faire. Cette jeune fille effarouchée, il veut savoir qui elle est et s’y emploie. Il finit d’ailleurs par faire l’amour avec elle mais l’expérience se révèle difficile car pour elle, l’amour physique et sa félicité, c’est Gianni. Il la fruste plus qu’il ne la comble, tente de la toucher en s’intéressant à Nicolas et tombe sur les dessins de celui-ci. Ils sont effrayants mais qui le voit puisque presque personne n’en a connaissance ? De plus en plus présent dans le deux pièces que Lydiane continue d’habiter (une chambre pour chacun, un séjour, une cuisine et une salle d’eau pour deux), il tente d’alerter la jeune femme mais celle-ci est aveugle. Il s’implante, lit des histoires à Nicolas, l’initie au théâtre et sème partout des bougies parfumées. Il fait en sorte que l’amour que le jeune garçon a pour le dessin trouve une autre cible. Il faut dessiner l’avare en colère car il a perdu sa cassette, le médecin malgré lui car il préfère mal exercer la médecine par crainte des coups de bâton que d’avouer qu’il est un paysan roublard, monsieur Jourdain se rêvant Grand Mamamouchi ou Scapin faisant mine d’être blessé mais se rendant à un banquet. Intéressé par ce comédien longiligne et assez beau qui vient maintenant tous les jours, il s’ouvre à lui et tous deux se mettent à créer de grandes et belles affiches qui ornent le petit appartement. C’est un signal, celui d’une survie et d’un appel mais Lydiane n’est pas à même d’entendre ce retour à la vie non qu’elle ne redoute les dessins si torturés de son fils mais parce qu’elle est comme anesthésiée. Il a de bons résultats scolaires, le psychologue de l’école ne signale qu’une légère tendance au repli sur soi et les grands-parents maternels sont, pour une fois, avares de commentaires négatifs. Alors quoi ? Elle laisse Nicolas et Claude continuer dessins et découpages pendant quelques temps et laisse cet homme aimant s’implanter chez elle jusqu’à un coup d’arrêt brutal qui la laisse saisie.

Revenant un soir du théâtre, elle se laisse aborder par un Tunisien aussi jeune que beau. Il l’entraîne dans un hôtel borgne où, longuement, il lui fait l’amour. Il ne pense qu’à lui, ce que ni Gianni ni Claude n’ont jamais fait, mais peut-être parce que cette aventure l’excite prodigieusement, elle jouit très fort et à plusieurs reprises, à tel point qu’elle en reste étourdie. Ainsi, le plaisir physique peut être totalement dissocié de l’amour ou de l’affection ? Elle l’ignorait. Le jeune Tunisien prend tout l’argent que peut contenir son porte-monnaie mais elle s’en moque car elle a toujours très peu de liquide avec elle.

AMANTS TELECHARGES

Elle ne trouve même pas cela répréhensible et s’en amuse. La trouble tout de même le fait que six ou sept hommes lui succèdent, qu’elle les rencontre tous de façon brève, jamais chez elle et qu’elle est traversée chaque fois par ce même plaisir fulgurant. Qui a dit que tout cela était malsain ? Elle ne voit rien qui le soit là-dedans. Elle aime l’excitation des hommes quand elle enlève sa robe, adore qu’il lui retire eux-mêmes ses sous-vêtements, surtout sa culotte, apprécie qu’il bande et sait d’emblée comment les exciter. Elle attend impatience les préliminaires et désire longtemps avant qu’elle n’ait lieu, la pénétration. Quand l’homme est en elle et la besogne, elle est heureuse. Elle s’étonne de pouvoir ainsi faire sa putain alors que chez Méral, elle garde son image de femme inaccessible. Naïvement, elle se dit qu’en ce monde, les cloisons sont minces et qu’ils sauront ce qu’elle fait pour la méjuger. Elle se trompe, quoi qu’elle fasse, chez Méral, elle est chez elle. Qu’elle se mette à multiplier les aventures ne compte pas. Pour ces gens de théâtre, c’est anecdotique. Et l’anecdote, ce n’est rien. Les mois passent et elle continue. Elle jouit fort et à plusieurs reprises à chaque fois qu’elle a un amant. Qu’ils soient blancs, asiatiques, arabes ou noirs ne la dérangent pas si l’on n’est pas brutal et il semble qu’elle sache choisir car aucune de ces rencontres passagères ne se montre menaçante. Elle dirait même que c’est le contraire. On la lèche, on lui caresse les seins, on la doigte et avant de la prendre, on met un préservatif. On lui sourit après qu’elle ait pris un membre en bouche mais pas avant car on ignorait son savoir-faire ; on flatte son entre-jambe avec les doigts, on veut garder sa culotte humide…Elle n’a jamais peur, sauf si elle est trop lente la première fois. Les orgasmes qu’elle rencontre la laisse sans voix. Elle se les remémore ensuite avec passion…Elle ne voit pas la laideur des chambres, le côté hasardeux des premières paroles échangées et la rapidité des au-revoir. Elle ne peut rien voir de tout cela puisque seuls comptent les moments où elle jouit et ceux, parfois synchronisés, où son partenaire se libère dans son préservatif. Le reste…Elle dépanne financièrement mais de façon modeste plusieurs fois et accepte plusieurs autres l’argent qu’on lui donne. Il est sale. Ah bon ?