EDWINA

Après Aix en Provence, Lydiane part à Marseille. Esthéticienne, elle est engagée par Méral, un metteur en scène estimé. IL cherche une maquilleuse de théâtre. 

-J’aimerais bien mais je suis trop lisse. J’avais un amant qui truquait. J’en ai eu un petit garçon.

-C’est ce qu’il faut retenir. L’enfant. Je suis sûr qu’il vous comble. Pour le reste, il vous faut faire un deuil, à ce que je comprends. C’est exigent et long. Mais allons au plus important : je suis metteur en scène. Retournez-vous. Vous voyez, la grande façade jaune là ? C’est mon théâtre.

-Désolée. Je ne vais au théâtre. J’ai mes cours et mon petit garçon va à l’école. Je m’en occupe et ne peux tout faire.

-Travaillez pour moi !

-Comment ?

-Vous aimerez…

-Je n’ai pas encore mon diplôme.

-Vous l’aurez. Alors, qu’en dites-vous ?

Elle pense qu’il plaisante mais ce n’est pas le cas. Quand elle réussit haut la main ses examens, il l’invite à dîner. Elle craint qu’il ne la courtise pour la forme et redoute sa réputation d’homme à femmes. Il se montre charmant et bientôt, elle signe un contrat. Elle est contente. Elle n’a pas failli. Elle a su jongler avec ses cours, ses stages et les exigences que pose l’éducation de Nicolas. Il a beau continuer de dessiner de façon étrange des créatures aux crânes énormes et d’étranges animaux échoués sur d’hypothétiques plages où ils sont éventrés, il ne pose pas de problème à l’école où il réussit très bien. En outre, il est svelte et beau, tout blond aux yeux clairs et plein d’un charme qui la renvoie immanquablement à Gianni, l’amant transalpin auquel sa raison lui impose de renoncer mais auquel ses sentiments la lient pour toujours. Elle l’adore et il l’adore mais jamais ils n’évoquent ces mois milanais où elle a souffert. Lui-aussi sans doute.

-Alors ?

Elle dit oui à Méral et plonge dans un univers bigarré où le théâtre est roi. Tout est jeu. Tout est masque. On adore ce qu’elle fait et si l’on peut être trivial, on ne va pas très loin. Elle sait y faire, Lydiane, avec ses airs de Vierge gardienne du temple d’Apollon. Avec elle, les mains baladeuses, les baisers volés et les invitations directes n’aboutissent pas. C’est qu’elle aura joué en rêve dans un de ces films de Buñuel où les héroïnes se meurent à petits feux d’éprouver des désirs contradictoires ou font tuer quelqu’un sur ordre parce qu’il faut bien que quelqu’un expie. La jeune Viridiana, au Mexique, donne tous ses biens à des mendiants monstrueux qui profitent d’elle et la désirent de façon nauséabonde. La jeune Séverine de Belle de Jour provoque le malheur de son mari, pour s’être fait combler dans un bordel et lui avoir fait des aveux tardifs et malséants. Prudence, Lydiane, prudence !