ELBE

Lydiane a vécu avec l'Italien Gianni. Celui-ci écrit un roman. Parti en Italie, il revient pour quelques vacances, et prépare l'arrivée à Milan de la jeune femme et de leur petit garçon...

L’été arrivant, il installe tout le monde à l’île d’Elbe pour trois semaines et se montre charmant. Il corrige son roman avec un soin jaloux et se montre très amoureux, deux points qui rassurent la jeune femme. Il est donc bel et bien ce jeune homme qui l’a choisie et se prépare à un bel avenir littéraire ! A la rentrée des classes, il dote Nicolas d’un magnifique cartable et de beaux cahiers à couverture rouges, sachant que celui-ci fait là sa première rentrée scolaire. L’enfant ne la fera qu’avec Lydiane car déjà, le beau Gianni est reparti dans sa famille de patriciens. Après cette première rentrée où Bernard et Martine entourent beaucoup l’enfant et où le jeune père fait parler son fils au téléphone pour l’entendre dire qu’il est très content, il se fait rare pourtant, le bel Italien. Il apprend à Lydiane qu’ayant fait reconnaître en Italie ses titres universitaires français, il continue sur sa lancé, à Milan. Il escompte devenir maître de conférence et pour cela, il doit travailler dur. Elle ne sait pas encore bien l’italien de sorte que sur place, elle ne trouverait aucun travail, mais elle doit l’étudier à fond. Ainsi, ils la rejoindront !

Elle le fait mais troque son emploi d’aide-ménagère chez des personnes âgées contre un emploi de serveuse dans un grand café du centre où elle officie plusieurs jours par semaine. Cela lui permet, quand elle est libre, de prendre des cours particuliers. Elle apprend aussi la sténo, au cas où. Pour elle, tout va bien puisque ses parents à elle prennent l’enfant en charge quand elle ne peut s’en occuper. Martine pourtant constate que s’il ne manifeste aucun problème à l’école, il dessine étrangement. De grands bonshommes aux membres disproportionnés ainsi que de grandes figures géométriques soulignées d’épais très noirs apparaissent sur les feuilles blanches qu’elle lui donne. Il y a l’expression d’une angoisse que viennent confirmer ses insomnies et ses pipi au lit régulier. Contrairement à ce qu’elle attend de sa fille, qu’elle trouve bien trop naïve et écervelée ; Lydiane s’inquiète beaucoup et tente de rassurer son petit garçon. Elle n’est pas si sotte et voit que les venues souvent différées de Gianni font plus de mal que de bien à leur enfant. Celui-ci a, finalement, tenu parole. Son livre a pris tournure et il va sortir. Du reste, son père, un architecte-décorateur très lancé et sa mère, qui possède plusieurs grandes parfumeries à Milan, se sont occupés de lui trouver un éditeur. A vrai dire, il était si long qu’il l’a en fin de compte allégé de telle façon qu’il lui est resté de quoi publier un autre texte, plus court celui-là. Oui, c’est étrange mais c’est ainsi. La trame de ce second roman est quelque peu différente, l’action se situant bien plus en Italie qu’en France. Il s’agit des amours ancillaires d’une jeune Italien nanti et d’une gouvernante issue d’un milieu simple qu’emploient de bonnes familles bourgeoises pour s’occuper de leur progéniture. Alors qu’à l’origine, dans son premier grand roman, ce sont les grands bouleversements politiques du vingtième siècle qui sont au premier plan, dans le second, c’est le thème du déclassement qui est présenté comme une inévitable rupture avec l’ordre social mais aussi comme un échec assuré. Femme simple et sans vraie culture, Lydiane est à même de comprendre le message. Elle ne sait pas tout de suite de quoi il est question mais plus tard, elle saura quel glissement il a fait opérer à leur histoire dans ce second texte et en souffrira beaucoup. Le déclassement social…Bien sûr… 

joseph FIENNES

 Pour le moment, elle s’occupe de répondre au psychologue scolaire pour ce qui a trait aux dessins de son petit garçon. Celui-ci, à priori, comprend ses difficultés et ne l’inquiète guère. Nicolas n’a aucun retard scolaire mais il est instable et très sensible. Cette séparation d’avec son père ne devrait pas trop durée car l’enfant perçoit de façon trop personnelle, l’isolement affectif de sa mère. A vrai dire, il s’en sent coupable…

Lydiane espère que son expérience de serveuse ainsi que les examens qu’elle compte passer en italien vont lui permettre de franchir le pas : elle veut aller à Milan. Mal à l’aise pourtant, elle se rend chez madame Nadia, une voyante dont on lui a dit grand bien.

-Ne me dites rien. Laissez-moi me concentrer.

Le décor dans lequel évolue la cartomancienne ferait sourire Lydiane si elle n’était pas aussi désorientée. Les murs de la pièce où elle a reçoit sont tapissées d’un papier peint gris à motifs rouges. Les éclairages indirects abondent et il y a des statues de Bouddha, des images pieuses de saints divers, des christs en croix et des statuettes de madone partout. Et c’est sans parler des effigies de divinités indiennes, des boules de cristal et du marc de café, des pendules et des baguettes diverses. Madame Nadia renverse du marc de café sur une assiette et contemple le tout avec sérieux.

-Vous avez un enfant d’un homme jeune et très séduisant. Il vous fascine. Vous l’aimez. Il vous ment. Il ne vous épousera pas.

Elle semble se parler à elle-même car ses lèvres remuent sans qu’aucun son ne sorte de sa bouche.

-Il est assez artiste. Il va publier un livre. En Italie, il aura un succès d’estime qui attirera l’attention sur lui mais son second livre, dont il attendait moins, plaira lui beaucoup. Sa famille est aisée. Non…Non…Il ne vous aime pas vraiment…Je vois un deuil à faire…