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4. L'homme qui part.

Aix en Provence. Décembre 1975-Septembre 1977

Gianni, qui a fait des études en France, aime Lydiane mais veut repartir en Italie car sa mère est malade...

Debout en manteau d’hiver, une superbe écharpe en cachemire autour du cou, il attend auprès d’eux et semble triste. Il ne peut les emmener et reviendra vite. Il est important qu’il soit proche de sa mère en ces moments douloureux et, bien qu’il ait une jeune sœur, il sait que sa mère a besoin de lui. Il est l’homme de la situation. Longiligne, belle, Lydiane le regarde et passe nerveusement la main dans ses cheveux bruns. Elle a peur de ce départ. Pourtant, il la rassure :

- Lydiane, ma chérie, tu sais que je t’aime ! Je vous appellerai le plus souvent possible. Je ne vous abandonnerai pas mais pour ce qui est de men retour, je ne peux être formel. Ma mère va se faire opérer très prochainement et tout dépendra de sa facilité à se remettre. Je suis très lié à elle et ne saurai la laisser seule dans un moment pareil. Mon père sera très présent mais elle me réclame !

-Et ton livre ?

-Je l’emporte !

Il les étreint tous les deux avec force et s’en va en agitant la main. Ayant oublié toutes leurs querelles, la jeune femme sanglote impunément devant son fils avant de retourner chez eux, tenant Nicolas par la main. Silencieux, celui-ci sent son cœur se serrer.

Les premiers temps, Gianni tient parole, appelant tous les deux jours et écrivant. Le jour de l’intervention approche. Sa mère n’est pas sereine et il s’en inquiète car, à l’habitude, c’est une belle femme forte et décidée. Ce rythme convient à Lydiane les quinze premiers jours mais quand la troisième semaine arrive, elle se met à paniquer. Elle téléphone alors sans cesse, tombant de temps en temps sur son amant mais aussi sur son père dont elle apprend qu’il parle bien le français ou sur des domestiques qui eux, l’ignorent. Ils ont donc des gens de maison ! Elle en est stupéfaite. Le temps s’étire et il écrit toujours. Elle comprend que l’opération est un succès mais que la fatigue de la mère lui interdit un prompt retour en France. Elle ne se sent pas éconduite par sa famille mais « simplement supportée » comme une petite personne qui, de loin, s’accroche à un amour désormais hors de portée. Le père est poli, les domestiques écoutent patiemment son italien de débutante mais c’est tout. Elle est traitée sans sollicitude. Quand elle mentionne Nicolas, le père de Gianni feint de ne pas avoir entendu. Quand elle s’en plaint à Gianni, il lui répond que son père est pudique et de plus par très au fait de la vie de son fils, en France…Elle fronce les sourcils. Comment cela, « pas très au fait » ? Ignorait-il qu’il avait un petit fils ? Gianni biaise et dit que ce n’est pas cela mais pour le reste, il est évasif. Il reste absent deux mois, le temps que Lydiane se retrouve face à d’astronomiques notes de téléphone et ne parviennent pas à y faire face.

joseph FIENNES

Quand il est là, il dit que sa mère va un peu mieux mais qu’il sent les médecins hésitants. Il faudra qu’il retourne voir ce qu’il en est. La jeune femme le trouve à la fois tendre (il a apporté pour elle de très belles robes, des escarpins et même une fourrure et pour Nicolas de ravissants jouets) et lointain. Il est là sans y être et de ses ambitions littéraires, il ne parle plus. Bientôt, il repart et elle se désespère, embrassant avec amour le col de la robe de chambre qu’il portait ses derniers temps, repassant ses chemises avec affectation et se parfumant avec les eaux de toilette qu’il a laissées. Elle n’y tient plus. Elle l’aime. Pourquoi ? Sa famille le reprend, ses habitudes de jeune homme chic lui sont redonnées, il a la vie facile. Elle ne peut lui reprocher son manque d’assiduité en faculté puisqu’il a presque fini son cursus ; il écrit et appelle mais ne l’invite pas en Italie, ce qui l’offusque. De février à juin, il vient assez régulièrement mais reste peu. Les cadeaux sont nombreux et somptueux. Il redevient l’amant ardent qu’il était, sort avec elle en tous lieux, lui donne de l’argent et la place quasiment sous la tutelle des Lavelli. Nicolas attend son père avec impatience et il a le sentiment que celui-ci, même de façon épisodique, s’intéresse à lui. Il lui parle italien, se promène avec lui et lui raconte des histoires. Quant à son roman dont Lydiane s’inquiète, il ne lui cause à lui, aucun souci. Il est écrit et en relecture. De ce côté-là, Gianni a déjà compris qu’il ne faut faire preuve d’aucun laxisme. Tant que son texte n’aura pas une version vraiment parfaite, il ne le proposera à quiconque. Voilà, c’est tout !