AMOUREUX MAIS DIFFERENTS

 

A  Aix en provence, dans les années soixante-dix, Lydiane et Gianni sont amoureux. Mais ils sont très différents...

- Tu sais, mes parents sont de Milan mais leurs familles respectives ont essaimé dans tout le nord du pays. C’est grand, tu sais, l’Italie ! Avec mon père, j’ai écouté dès l’enfance Rigoletto, Aïda, Madame Butterfly et tant d’autres airs avec eux ! Ils m’ont ouvert aux arts. Je me suis certes disputé avec eux mais je ne pourrais nier leur influence : ils sont si cultivés et avec cela, ouverts d’esprit.

D’abord ravie par ces discours, Lydiane apprend à se fermer. Quand Gianni aborde le sujet de l’Italie, il est intarissable et dangereux. Il ne semble pas que tant de choses ne le retiennent en France. L’Italie est si magnifique. A côté de sa merveilleuse famille, Bernard et Martine, ses parents à elle, font piètre figure. Ils ne tiennent, après tout, qu’un bar tabac qui enregistre de bons bénéfices mais n’ont rien à se reprocher, à moins que conformément aux propos de Gianni (appuyé dès qu’il le peut par son ami Luigi), elle n’ait pour géniteurs que des profiteurs incultes.

Les disputes se multiplient. Nicolas saisit la balle au bond. Qui se souciera de lui ? Qui le prendra le premier dans ses bras ? La douceur de la mère fait merveille tout autant que les yeux bleus du père. Il finit toujours par être dans leurs bras et maintenant, il marche vite, même il peut courir un peu. Son père, pour faire enrager Lydiane, l’appelle de plus en plus souvent Andréa et lui annonce un beau futur italien.

-Quand j’aurai fini mes études à Aix, j’emmènerai ta mère à Milan. Tu verras, tu adoreras cette ville et l’Italie. Tu deviendras bilingue et tu seras fou des peintres de la Renaissance. Entre temps, ta maman aura appris l’italien. Tu sillonneras Rome, Naples, Florence. Tu te passionneras pour l’archéologie et comme beaucoup de grands chercheurs dans ce domaine sont anglophones, tu maîtriseras cette langue à la perfection. Tu auras de toute façon le goût des études comme je l’ai moi-même, car je ne compte pas m’arrêter là, à un petit diplôme français !

Lydiane rit jaune et conduit l’enfant chez ses parents. C’est désormais, à cause des disputes constantes, un refuge apprécié par l’enfant. Le bar-tabac ne désemplit pas et il est bien tenu car les alcooliques n’y sont pas tolérés. On y reçoit beaucoup de familles qui viennent y déjeuner d’un plat simple, des amateurs de jeux de cartes qui s’attablent et commandent café sur café ou de vieilles amies qui viennent prendre un thé et un dessert. Bernard a de la suite dans les idées. Il a commencé avec un tout commerce et il en gère désormais un bien plus grand. Les ventes de journaux, de cigarettes et de billets de loterie attirent une grande clientèle. Il est fier de dire qu’elle est de tout bord : des riches comme des pauvres. Il a le verbe facile, sait accueillir et ne tolère ni les disputes ni les excès. Il sait y faire. Martine est plus rigide mais elle a le mérite de faire un plat du jour exquis que ne dédaignent ni les employés de banque du coin ni les ouvriers des chantiers locaux. Elle enchante même les cadres. Le café ferme ses portes à dix-neuf heures. C’est le moment de rejoindre l’appartement situé juste au-dessus. Là, Nicolas est dorloté, cajolé. On lui chante des chansons, on lui lit des histoires. Dès le début de l’après-midi, quand le service du repas est terminé, Martine, si on lui a confié l’enfant, s’en occupe. L’un et l’autre sortent souvent, vont au square, font les magasins. Cet enfant aux yeux bleus, elle l’adore. Il ne montre aucun désarroi mais elle juge Gianni comme il juge sa fille : ils ne sont pas conscients du mal qu’ils peuvent lui faire en menant cette vie de bohème et surtout en s’affrontant devant lui. Bernard, de ce point de vue-là, est plus conciliant. Ce ne sont pas les aléas de la vie de ce jeune couple qui l’inquiète mais les prétentions de cet Italien.

-Un futur cinéaste ? Un auteur à suivre qui ne va tarder à impressionner le monde des écrivains et passionner le public ? Allons donc, il pérore surtout.