COURS MIRABEAU

3. Nicholas. Aix en Provence.

Avril-novembre 1974

Gianni Ferelli est issu d'une famille bourgeoise. Il a cependant quitté Milan et le giron familial pour étudier en France, à Aix en Provence. Lydiane, son amoureuse, ne voit que par lui...

Il a un peu grandi. Il le sent, il n’y a pas d’harmonie depuis quelques temps. Gianni avait eu, en Italie, l’idée d’un vaste roman sur l’aube du vingtième siècle et il y tenait. Ayant abandonné son idée, il s’en veut et depuis quelques temps, il se remet à le travailler parce que, va sans dire, il s’agit d’un projet d’importance. Il brassera les deux guerres, le communisme, les intellectuels et la crise américaine aux néfastes conséquences, rien que cela ! On a déjà écrit sur cette période et fait des films ? Il est au courant. On peut avoir un regard neuf, non ? Tiens, il y a bien Bertolucci qui tourne un film en Italie du Nord, sur la terre de ses ancêtres en somme. Il a engagé des stars et pas n’importe lesquelles. On va voir. Et lui, il n’est peut- être ni cinéaste ni romancier à succès mais qui a dit qu’il ne se ferait pas un nom ? Car il a des ambitions et sa famille de l’argent. Il en aurait lui-aussi. D’abord, il y aurait ce grand roman, le retour à Milan, Rome et les studios de Cinecitta puisqu’ils étaient encore puissants et on verrait ce qu’on verrait. Il parlerait d’une famille niçoise et d’un Italien, jeune et écervelé, qui s’éprend d’une belle Française. La guerre, la première, arriverait et il y aurait un déchirement. La jeune fille devrait être du côté de ses frères qui allaient partir au front et lui, devrait bien comprendre qu’il était, de par son origine, dans le camp de l’Allemagne et de l’Autriche. Ensuite, il aurait l’entre-deux guerres et le destin d’autres personnages, qui seraient apparentés aux premiers. Certains d’entre eux iraient en Russie…

Il pouvait être un bon scénariste si ne n’est un metteur en scène. Il ferait son entrée…N’étant pas très certain d’une carrière cinématographique, il garde ses ambitions pour lui, évitant ainsi les commentaires. En attendant, toujours en France, il se met réellement à écrire et, dans ce domaine, s’imposant des horaires et un cadre de travail strict, qui oblige souvent Lydiane à emmener Nicholas ailleurs, il en impose par son sérieux. Elle cherche bien à savoir de quoi il retourne, mais il l’éconduit. Personne ne doit savoir ! Parallèlement, il étudie et passe ses examens avec grand succès tout en prenant des cours d’anglais en accéléré. Dès qu’il le peut, il rejoint une cellule maoïste où il se montre très procédurier, passe régulièrement à la permanence d’Amnesty international pour se plaindre des arrestations arbitraires en Afrique du sud mais temporise quant à l’URSS car il faut tout de même de l’ordre ! Un régime pur ne peut naître de rien. Quand il parle de Fidel Castro qu’il vénère, Lydiane adore. Il en est de même quand il évoque Mao, l’impérialisme américain et le fléau représenté par le Vatican. Le monde se dissout et quoi ? Ne faut-il rien faire ? Il est révolté et pourrait bien, elle n’en doute pas, devenir révolutionnaire. Elle lui trouve la flamme nécessaire.

Elle est un peu étonnée qu’il se mette soudain à parler de ses parents car elle les croyait relégués dans un coin de sa mémoire. En fin de compte, il s’avère qu’il n’en est rien. Le premier à en être vraiment informés est Nicolas que Gianni se met à appeler par son second prénom, qui est italien.