UTOPIE ANNEES 70

 

2.Lydiane. Aix en Provence. Mars 1974.

Au milieu des années soixante-dix, Lydiane est jeune. Elle aime Gianni et fait la fête en conviant son petit garçon...

Elle porte une jupe brune et un petit corsage blanc qui est plutôt un sous-vêtement. Elle a retiré la courtepointe provençale. Gianni lui a fait l’amour deux fois, avec sa maestria habituelle et elle a joui violemment, comme elle le fait toujours quand il est si fougueux avec elle. Il s’est esquivé et le bébé, pour une fois, est seul avec elle et elle l’observe. Elle a bien remarqué que ces-temps derniers, il tentait d’échapper à son ancien mode de locomotion : la marche à quatre pattes. Il commence à se redresser, cherche à s’agripper aux rebords des tables et des chaises ou encore aux portes et au bout du compte, il se tient debout. Lydiane, qui ne le quitte pas des yeux, se redresse et s’appuie sur son coude. Elle est intéressée. Gianni traite leur petit garçon de « gros lourdaud » et de « gros père ». Il a beau dire que c’est pour rire, elle n’est pas contente. Nicolas n’est pas en retard. Au contraire, à son âge, bien des bébés ne se pressent pas. Elle le regarde ébahie se tenir bien droit avant de placer une petite jambe en avant. Bientôt, il avance l’autre et recommence. Il est tout entier à ce qu’il fait. Elle est belle, parfumée et elle est sa maman. Il pourrait se retourner, faire mine d’avoir peur et implorer de l’aide mais il n’en fait rien. Elle se lève discrètement, passe un pull léger et se tient coite, debout près du lit. Nicolas avance toujours et parvient à atteindre la glace de l’armoire. Son image lui apparaît et il en rit comiquement, d’un drôle de petit rire haut perché. Éblouie, Lydiane bat des mains :

-Bravo, bravo, mon petit prince ! Tu es un grand chef !

Échappant à son image dans le miroir, Nicolas se retourne lentement puis avance, à pas irréguliers, vers sa mère triomphante. Il va vers son sourire, son parfum et sa densité. Dès qu’il arrive, elle le prend dans ses bras et ils dansent. Elle a la chair acidulée et la plénitude d’un jour d’été, Lydiane, et lui, il le sait.

-Encore, encore, mon chéri !

Elle le repose à terre et voilà qu’il recommence. Elle l’attend cette fois près de la porte de la chambre. Il recommence, allant du pied du lit vers les jambes adorées. Tout est simple même s’il a un peu de mal. Il ouvre grand ses oreilles pour capter les bruits extérieurs et ceux de son petit cœur. Il emplit ses poumons d’air pour affronter une nouvelle réalité et cherche instinctivement à coordonner ses mouvements. Il le faut car elle sera encore plus contente que tout à l’heure ! Du reste elle l’est quand de nouveau il arrive à elle mais la donne est différente car le jeune père vient de réapparaître.

-Oh il marche, alors ce sera la fête !