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Amoureuse pour la première fois, Lydiane, jeune fille simple, est folle de Gianni, un Italien venu faire des études en France.

Il est beau, Gianni, elle ne peut le nier. Il la bouleverse et c’est là pour elle une définition de l’amour. Il faut qu’elle ait ce creux au ventre pour le savoir. Elle y croit dur comme fer, ce signe étant pour elle aussi probant que le fait de rougir pour un rien quand elle voit son jeune amant ou de reconnaître qu’elle n’a plus de mémoire. Elle ne connaît pas l’Italie, s’étant contentée de passer de Nice à Aix-en-Provence mais elle sent que ce jeune homme qu’elle aime, possède une vitalité qu’elle n’a pas et qu’on lui a inculqué une façon de vivre dont elle ignore tout. Il aime bien s’habiller, recule devant les tâches ménagères, lit énormément et trouve normal qu’elle ait des préoccupations féministes. Elle a un petit diplôme d’aide-ménagère, cherche à s’assumer et ne doit pas tomber dans le travers de sa mère : attendre un homme disponible, ayant si possible de quoi la faire vivre. Sa mère à lui est décoratrice d’intérieur, à Milan. Elle est très équilibrée et très autonome. Oui, voilà, elle est autonome. A l’ère du Féminisme, c’est ainsi que doit être Lydiane : heureuse, avec un enfant né hors mariage, consciente que tout lui est offert et que sa formation première est une sorte de raté. Elle va s’accomplir, non seulement en tant que jolie femme mais en tant que femme au travail et mère. Ah bas tous ces stéréotypes ! Gianni en a horreur. Les cheveux mi- longs, il promène dans la faculté de lettres d’Aix, sa dégaine de beau gosse latin superbement vêtu et scrupuleusement décontracté. Il adore les jeans sous toutes les formes et les chemises ouvertes sur la poitrine, si tant est qu’elles aient des couleurs éclatantes. Il dit très fort qu’il a une bourse d’études et à mi-voix que sa famille est très nantie, à Milan. Il crie :

-A Milan, à Turin, là où sont les miens –i miei- les couleurs sont splendides. Dans cette partie de la France, vous le savez un peu car l’Italie vous a occupés, mais pas tant que cela. Le rouge, le jaune, l’orange, c’est l’Italie ! C’est pour cela que je porte des couleurs aussi éclatantes ! J’étudie en France mais j’aime mon pays.

En effet, Gianni s’est inscrit en lettres modernes où il réussit sans mal, ayant étudié au lycée Stendhal, de Milan. Il est membre d’un cercle poétique à tendance dadaïste, d’un autre plus conventionnel et d’une amicale informelle de « vilains garçons » qui envoient des articles aux journaux locaux et les placardent dans les couloirs de l’université quand ils sont refusés. Il a vingt-deux ans, Lydiane vingt et tous deux prônent l’amour libre. Physiquement, il l’embrase. Elle a eu deux expériences avant lui, dont elle lui a très peu parlé quand il paraissait mal le prendre, mais il est un amant éblouissant. Jamais le corps de la jeune femme n’a été si bien traité ! Quant à elle, elle adore et honore celui de son amant !