La-celebrite-en-heritage-Ana-Girardot

 

1. Lydiane, la mère.

Aix en Provence. Mai 1973.

Lydiane, vingt ans, a un enfant de Gianni, le bel Italien qui étudie en France...

Quel âge a- t-il ? Quelques mois à peine. De son berceau, il perçoit un rai de lumière bleutée. Une porte s’ouvre. Il tend la main, gazouille et s’agite. Déjà, il la cherche du regard, elle, la mère, et, quand elle se penche vers lui, tout change. Est-ce à cause de l’odeur fruitée qui partout l’accompagne, de la grâce pour lui unique de ses gestes ou de l’ovale de son visage ? Il ne sait pas. Il veut qu’elle réponde à son attente, la jeune mère, et pour ce faire, il déploie une véritable stratégie : bras et jambes s’agitent tandis que les gazouillements s’accentuent et se modulent en une chaîne physique sonore très comique. Les yeux d’enfant brillent, le petit buste s’incurve et se soulève au rythme d’une respiration qui s’accélère. Tout est mis en œuvre pour séduire Lydiane et celle-ci, d’abord indifférente, se laisse prendre. Arrachant le bébé aux repères de son berceau, les bras maternels se font doux et résistants. Nicolas s’envole et l’espace d’un instant, il frémit ; Il hésite entre deux espaces, l’un serein et l’autre, plein de nouveautés. L’anxiété cependant décroît vite et Lydiane serre bientôt contre elle ce petit enfant aux yeux clairs. Elle touche les cuisses replètes, le petit buste et caresse les cheveux de son petit. Il est heureux et elle-même se sent gracieuse et fière. Elle le laisse appuyer la tête sur son corsage clair et y trouver la sécurité. Son chemisier légèrement ouvert laisse entrevoir ces deux globes pleins de lait que l’enfant adore. C’est d’eux que se dégage cette odeur sucrée qu’il aime et d’eux encore que coule ce lait nourrissant qui le comble. A cet instant, Nicolas est si content qu’il voudrait pour toujours rester dans les bras maternels mais comme malencontreusement, il lui tire les cheveux, elle se détache de lui et le replace dans son berceau. Il la regarde encore. Elle lui montre tantôt un profil buté, tantôt un demi-sourire et c’est elle qui cède la première. Elle se saisit de nouveau de lui et le fait tourner dans ses bras. Il ne veut pas que ce tournoiement s’arrête car il est magique. Il est à elle. Elle est à lui. Rien d’autre n’existe.

Dans l’encadrement de la porte, apparaît un homme mince aux cheveux sombres. C’est le jeune père. Nicolas connaît bien ses inflexions de voix et sa façon de bouger mais pourtant, il n’a pas la même confiance. Gianni est malgré tout un père charmant. Il change son fils, l’habille et le déshabille et le promène dans l’appartement. Mais Nicolas ne voit que Lydiane et Gianni n’apprécie pas. Il trouve que la jeune femme en fait trop, à courir ainsi partout pour ce petit enfant. Elle a beau avoir l’air malicieux, secouer ses boucles et faire mine de faire des marionnettes avec ses doigts juste comme ça, parce que c’est un bébé, il n’est pas dupe : elle l’aime trop, elle le préfère.

-Oh décidément, ce tout petit enfant multiplie les déclarations d’amour à ton égard !

-Mais Gianni !

-Il ne peut se passer de toi ! Méfie-toi !

-Je suis toujours disponible pour lui !

-Sois le aussi pour moi.

-Je le suis !

-Non.

Ce n’est pas une dispute. Ils s’enlacent et ils rient. Un jour, il y a du champagne, un autre des plats italiens et pleins d’amis. Il ne sait ce que l’on fête.

-Je te trouve belle et lui, commence à faire ses nuits. Tu vois, c’est parfait car je te désire.