FEMMES VEL D'HIV

 

Prisonnière au Vel d'hiv après la grande rafle, l'actrice de théâtre Irène Isserman est séparée des siens. Elle tente de ne pas céder à la panique...

De nouveau, Irène regarde autour d’elle. Ça a beau être un lieu fermé, le soleil y brille comme en plein midi, avec la sauvagerie qu’il peut avoir en plein été. A côté d’elle, un vieux monsieur transpire à grosses gouttes et s’essuie avec un mouchoir. Une femme enceinte dit qu’elle n’est pas bien et regarde son ventre très arrondie. Une jeune fille très mince se mouche nerveusement. Irène tressaille. Allons, il faut écrire encore ! Elle décide de changer sujet et tourne la page :

« Il y a des années et des années que je griffonne sur des bouts de papier. Jamais de longs textes. Des « gribouillis », selon Éric. Une serviette en papier, une page de journal avec un coin blanc ou encore un morceau d’emballage peuvent faire l’affaire. Tout est bon pour noter une émotion, une peur ou une souffrance. Tout va bien quand il s’agit de parler du bonheur et j’ai souvent repêché dans mon sac de ces petites notes rédigées sur des supports divers. Elles m’aidaient avant une représentation. Bien sûr, je ne suis pas toujours aussi négligente. Tout ce que j’ai écrit autour de ma rencontre avec Éric, j’ai fait l’effort de le regrouper dans un album. J’en ai inauguré deux autres au moment de mon mariage puis quand Anna est née. Je suis devenue à la fois plus soigneuse et plus créative : montages savants, collages, beaux agencements colorés. Là où je suis, le risque est grand de ne pas écrire comme il faut. Je veux garder la légèreté que j’avais mais ne peux le faire et si je me lance dans des descriptions trop précises, elles donneront à mes réflexions sans grande suite une tonalité tragique qui ne me correspond pas. Allons ! Que faire ? Qui me lira me trouvera confuse. Il y aura sans doute des pièces manquantes à l’assemblage. »