BUS VEL DHIV

Nicolas, Irène et la grande rafle.

Le roman a pour personnage principal, un jeune homme, Nicolas. Il se retourne sur un passé difficile et part de sa naissance, dans les années soixante-dix pour s"avancer vers les années quatre-vingt dix. Parallèlement à son histoire, on suit la traque d'une comédienne juive à travers Paris. Elle se fera arrêtée et sera conduite, comme tant d'autres, au Vélodrome d'hiver, en juillet 1942.  Deux périodes se mêlent et aussi deux récits, sans qu'on sache d'abord quel lien peut s'établir entre un jeune homme né à Aix en Provence et dont l'enfance a été mouvementée et cette actrice d'une trentaine d'années qui a grandi à Paris dans une famille israélite non pratiquante. Il est clair qu'à la fin du texte, on comprend en quoi ces deux êtres peuvent être liés et quelle peut être la nature de leur lien. Mais mon propos n'est pas ici de le mettre en avant. Je voudrais revenir sur le personnage d'Irène Isserman. Malheureusement pour elle, elle se heurte à une opération policière de grande envergure, qui mobilise la plus grande partie de la police parisienne, les 16 et 17 juillet 1942. C'est la rafle du vélodrome d'hiver et elle est bien sûr présentée du point de vue de la jeune fugitive. 

J'en récapitulerai ici les grands traits, avec des mots qui, bien sûr, ne sont pas les miens. 

13 152 personnes sont appréhendées par la police française les 16 et 17 juillet 1942, y compris 4 000 enfants de moins de 16 ans qu'il n'avait pas été initialement prévu de déporter.

C'est beaucoup... et néanmoins deux fois moins que le quota fixé par les Allemands et la préfecture de police ! Les actes de solidarité heureusement n'ont pas manqué : quelques policiers ont laissé fuir leurs victimes, des concierges, des voisins, des anonymes ont ouvert leurs portes et caché des Juifs...

Embarqués dans des autobus, les personnes seules et les couples sans enfants sont convoyés vers le camp de Drancy, au nord de Paris.

LETTRE

Les familles avec enfants sont quant à elles dirigées vers le Vélodrome d'Hiver, rue Nélaton, dans le XVe arrondissement de Paris (aujourd'hui disparu).

Plus de 8 000 personnes dont une majorité d'enfants vont s'y entasser pendant plusieurs jours, parfois jusqu'au 22 juillet, dans des conditions sordides : pas de couchage, ni nourriture, ni eau potable, avec un éclairage violent jour et nuit, au milieu des cris et des appels de haut-parleurs. Seuls trois médecins et une dizaine d'infirmières de la Croix-Rouge sont autorisés à intervenir.

Les familles du Vél d'Hiv sont transférées de la gare d'Austerlitz vers les camps d'internement de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Au mois d'août suivant, les mères sont enlevées à leurs enfants par les gendarmes et convoyées vers les camps d'extermination de Pologne. Les enfants seront à leur tour envoyés deux semaines plus tard à Auschwitz-Birkenau qui, depuis le début juillet, s’est transformé de camp de travail forcé en camp d'extermination à l'échelle industrielle.

Aucun n'en reviendra. Les internés de Drancy prennent également le chemin d'Auschwitz-Birkenau. Quelques dizaines tout au plus reviendront de l'enfer.

La rafle accentue la collaboration entre Vichy et l'occupant allemand dans le domaine de la «question juive». Mais elle entraîne aussi un début de fracture dans l'opinion française, jusque-là massivement indifférente ou attentiste. Peu à peu, certains citoyens basculent dans la Résistance, plus ou moins active ; d'autres, à l'inverse, se radicalisent et basculent dans l'antisémitisme et la collaboration.

SOUVENIR D'ARRESTATION

Dans le texte, le fait qu'Irène ait disparu dans la tourmente de la déportation suite à cette rafle, a son importance. Cela fait d'elle une martyre, même si c'est une martyre anonyme. Quand Nicolas découvre la Fondation Germaine Million et qu'il comprend que ceux qui y séjournent cherchent à vivre un deuil personnel en s'attachant à la figure d'un mort ou d'une morte disparue dans la violence d'un cataclysme, il comprend pourquoi il a été "guidée" vers cette actrice juive dont peu à peu il découvre l'histoire et avec laquelle il crée par delà le temps et la mort, des liens de respect, de filiation et d'amour. Par sa mort violente et son rayonnement durant sa vie, par l'amour que sa fille Lilli Page continue de lui porter, il trouve le moyen de guérir de ses maux...