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Paroles d'étoile : les enfants cachés pendant la seconde guerre.

Nicolas, le héros du livre, voit, enfant, avec son grand-père, un documentaire sur les enfants cachés pendant la seconde mondiale. Apparaît à l'écran, une femme nommée Anna Isserman. Celle-ci a rejoint, pour échapper à la déportation, une famille d'accueil à la campagne et celle-ci s'est bien comportée avec elle. Sous le pseudonyme de Lilli Page, elle a échappé aux rafles de 1942 à 1945. A la fin de la guerre, c'est la même directrice d'école qui avait trouvé pour elle cette famille, qui a pris soin d'elle en attendant de connaître le sort de ses parents. Tous deux étant morts dans les camps, Anna est retrouvée par un lointain parent anglais qui l'emmène à Londres. Reconnaissante à l'égard de Germaine Million et de cet homme qui a traversé la Manche pour venir la chercher, Anna connaît la souffrance des enfants dont les parents ont été pérsécutés...

Si le personnage d'Anna est aussi fictif que sa courageuse famille d'accueil, il en va de même de la directrice d'école et du parent anglais. Cette fiction renvoie cependant à une réalité.

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A ce propos, je livrerai un témoignage, celui-ci basé sur des faits réels. Il s'agit d'un jeune garçon, nommé Pierre Feigl. Sa trajectoire ressemble à celle d'Anna Isserman.

C'est à Berlin en 1929, que naît Pierre Feigl. Ses parents, Ernst et Agnès, industriel et esthéticienne, sont juifs non pratiquants.

 

Après les lois de Nuremberg (1935), la famille se sentant menacée, se réfugie à Prague. Puis au fil des soubresauts de l'Histoire, commence l'inexorable exode. Ce sera Vienne en 1937, Bruxelles en 1938, le camp de Gurs près d'Oloron-Sainte-Marie et Auch en 1940, Condom et Marseille en 1942, Le Chambon-sur-Lignon et Figeac en 1943, où nous le retrouvons élève au lycée Champollion.

 

Il est désormais seul, ses parents ont été arrêtés à Auch, lors de la rafle du 26 août 1942. Dès le lendemain, il entame un journal intime, dédicacé à ses parents, pour leur raconter tout ce qu'il fait durant leur séparation ; l'original est exposé au Mémorial de l'Holocauste à Washington. Pierre Feigl ne reverra jamais ses parents.

 

Pierre, qui s'appelle maintenant «Pierre Fesson né à Auch», parle parfaitement français sans accent et vit sans histoire à Figeac jusqu'en avril 1944, date à laquelle les Allemands occupent la ville. Pour échapper à la rafle du 12 mai, il se réfugie dans le clocher de l'église du Puy. Il doit alors repartir par le train jusqu'à Viry, près de la frontière suisse où un passeur l'emmènera à Genève. En juillet 1946, il rejoint son oncle et sa tante à New York. Il vit aujourd'hui à Miami.