neige

 

Le mari de Louise disparaît mystérieusement. Louise pense au chat du Père Lachaise qui semblait si devin...

Dans les Alpes, chez ses parents, il parut s'apaiser mais une semaine après son arrivée, alors qu'il était parti skier avec amis de jeunesse. Ceux-ci ne mirent pas longtemps à s'apercevoir qu'ils n'étaient plus avec eux et le cherchèrent. Ils ne comprenaient rien. Bruno semblait s'être volatilisé. La famille et la gendarmerie prévenue, les recherches commencèrent. Elles durent encore. Le corps n'est pas retrouvé.

La saisie du restaurant a épongé le plus gros des dettes et il me revient de solder le reste. J'ai fait un prêt. Il y en a pour quelques années.

Toutes les nuits, je rêve du Père Lachaise. Je suis près de la tombe de Jim Morrison et de jeunes admirateurs chantent « The End ». Ils ont des guitares. Victor Noir cligne de l’œil quand une jolie fille caresse son entrejambe, faisant fi du marbre et de sa froideur. Simone Signoret devise avec Yves Montand et lui se met à fredonner « A bicyclette ». Il l'appelle « Casque d'or ». Alfred de Musset sourit à la belle statue de jeune fille qui est érigée au dessus de son tombeau, muse gracieuse au sein nue. Et Marcel Proust, sorti de sa tombe, trouve médiocre la qualité des madeleines dernièrement déposée pour lui. Il est comme Tante Léonie, il digère mal. A son époque, les pâtisseries étaient maison et non industrielles. Mais comment le faire savoir à ses admirateurs ? Il est mort depuis longtemps. Nul ne l'écouterait...

Et j'en passe.

Le pire, c'est quand je rêve à cette jeune priante de marbre. C'est moi, maintenant, défaite, éplorée, humiliée. Arbelot aussi, me revient. Il continue dans la mort de contempler l'image de son épouse tandis que je m'endors difficilement, la photo de Bruno sous mon oreiller. Et quant à Rodenbach qui glisse sous la terre, il me hante. Je me dis qu'il a bien de la chance car chaque jour quelqu'un peut le contempler et faire le geste de s'emparer de la rose qu'il tend. Bruno, lui, dans son linceul de neige, a peut-être tendu la main lui-aussi mais qu'il ait voulu livrer une lettre ou un objet à qui voudrait le saisir, il n'a trouvé personne et il est mort. Il n'aura pas de pierre tombale et si c'était le cas, il s'y trouverait sculpté mais moi non. Tout s'est défait...

J'ai déménagé et vis dans un deux-pièces. Je suis encore à Toulon mais veux en partir. J'ai demandé l'académie de Paris. Ayant abandonné ma thèse, je n'ai plus d'obligation universitaire ici. Un départ est donc possible.

Je ne rêve pas du chat mais je pense à lui. Qui était-il ?