ROBE DES CHATS

 

Louise, en vacances à Paris, souhaite visiter tranquillement le cimetière du Père Lachaise. Mais un chat se met à lui parler...

J'en étais là de mes réflexions quand j'entendis un bruit de feuilles derrière moi. Je me retournai. Ce n'était personne sinon un gros chat à l'épais pelage brun-jaune et aux yeux vert-pâle. Il s'était assis mais ses deux pattes avant demeuraient dressées et il me regardait. Je savais qu'il existait dans ce cimetière un grand nombre de chats errants ainsi que différences espèces oiseaux. Les rongeurs aussi devaient pulluler. Je n'avais donc guère d'attention à lui apporter, ne faisant pas partie de ces femmes qui viennent exprès nourrir ces pauvres bêtes. Je continuai de tourner autour de la tombe et de m'interroger sur la mise en scène de la mort orchestrée par ce romancier quand j'entendis une voix singulière.

-Tu es surprise ! Beaucoup le sont. La plupart du temps, ils sont représentés morts comme quand ils vivaient. Celui-là fait exception. Il sombre. Il va être englouti. Mais il nous tend, à travers cette rose, et sa vie et son art. Nous ne pourrons ainsi pas l'oublier.

Stupéfaite, je me contorsionnai pour chercher qui me parlait. J'étais seule, mis à part le chat. Voilà qui était fort surprenant...

La voix reprit :

-Celui qui te parle est là, près de toi.

Et je constatai en effet que celui-ci s'était, de façon pateline, rapproché de moi. Ceci dit, j'étais une personne rationnelle. Celui qui me parlait ainsi ne pouvait être un homme. Il devait être un peu plus loin et ne m'était pas visible. Il avait une voix forte, voilà tout. J'étais sûre de moi mais hélas, mon compagnon à fourrure, également. Il reprit d'une voix péremptoire :

 

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-Tu es incrédule ? Pourtant, tu reconnais être dans un lieu étrange ! N'as-tu pas vu la tombe du fondateur du spiritisme ?

Je répondis sans réfléchir.

-Si je l'ai vue mais qu'est-ce que ça change ? Tu veux me faire croire que toi, un chat, tu parles ?

-Je parle, c'est un fait. Il fallait que je te rencontre et ce que j'ai à te dire est important.

Cette fois, je tressaillis.

-Il doit y avoir une explication. Des champignons hallucinogènes dans mon omelette d'hier soir...

-Ce n'est pas drôle. Je suis un bon chat. Mon rôle est de t'avertir !

C'était complètement fou. Je ne pouvais rester en ces lieux. Il fallait que je me rapproche d'autres visiteurs . Je hâtai le pas. Le chat parut rester placidement assis. Il me laissait partir. Mais quand j'eus bien arpenté le cimetière et repéré une belle statue qui faisait l'admiration de quatre ou cinq promeneurs, mon je me rendis compte que j'avais fait erreur! Alors que je contemplais la sculpture gracieuse d'une jeune fille, je le sentis à mes côtés....

Il avait cette fois un air furibond, car j'avais bel et bien tenté de le planter là. Je l'ignorai somptueusement d'abord, me concentrant sur ce joli bronze d'Henri Allouard qui représentait une jeune fille à genoux priant . C'était une œuvre datant de 1899. Elle cadrait bien avec l'ambiance esthétisante du cimetière....

Seulement, c'était un chat à fort caractère. Il s'est mis à se frotter contre mes jambes en ronronnant de sorte que tout le monde se mit à rire...