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    TOMBE PIAF

    Chapitre 2. De tombe en tombe.

  2. Louise, en vacances à Paris avec son mar, viste seule le Père Lachaise et part à la recherche de tombes célèbres...

Cette visite, je l'avais programmée et bien préparée. Dans mon sac à dos, j'avais mon appareil photo, bien sûr, mais aussi un guide de voyage et un classeur plein de photocopies . J'avais bien compris que, malgré les divers plans que je possédais, ce lieu était un labyrinthe. Seule, malgré toute ma préparation, je risquerais la frustration. Je me rapprochai donc d'un guide qui s'avéra cultivé et disert. Je le suivis ainsi que d'autres et deux heures durant, il parla et expliqua. Les deux couples qui m'accompagnaient était aussi demandeurs que moi. Les questions fusaient. Je vis donc avec délices un certain de tombes dont je parlerai, non en me basant sur la chronologie de ma visite mais sur mon applaudimètre personnel. Pardon pour ceux qui ont un classement différent !

J'aimai la simplicité de la tombe d'Edith Piaf et, en la contemplant, il me revint des bribes de « Milord » et « La Vie en rose ». J'appréciai beaucoup aussi celle d'Yves Montand et Simone Signoret. Je la trouvai sobre mais belle. Ils étaient réunies dans la mort, ces deux monstres sacrés qui avaient si longtemps tenu le haut du pavé. Après leurs films respectifs, ses récitals à lui, ses livres à elle et leurs prises de position à tous deux, ils étaient là, dans l'éternité. Cette ultime fidélité était émouvante.

MORRISON

Je fis une halte, comme des milliers d'autres visiteurs, devant la tombe de Jim Morrison. Elle était une des attractions du cimetière et le guide aurait commis un impair en ne nous la désignant pas. Il régnait autour d'elle une ambiance si électrique que je ne m'étonnai pas qu'elle fût dotée d'une caméra de surveillance. Il avait dû s'en passer de belle devant ce tombeau et de jour comme de nuit et, depuis plusieurs décennies, il semblait qu'une activité permanente l'entourait. Bouteilles de bière ou de vin, vides bien sûr, l'ornaient régulièrement. On venait là pour écouter les chansons apocalyptiques des Doors et se rapprocher de l'enfer. Enfin, c'était ma vision. Depuis peu, La tombe du chanteur mort prématurément, était dotée d'une barrière protectrice, histoire, j'imagine, de cadrer les délires verbaux de ceux et celles qui déferlaient là. Si on avait laissé faire, la tombe se serait couverte de graffitis divers.

Voir ces lieux m'intéressa sans m'émouvoir vraiment. Morrison avait enthousiasmé une génération de jeunes désireux de lui ressemblaient et voulant se dresser contre l'ordre établi. Mais les temps avaient changé et je me demandais si quelqu'un comme lui pourrait être célèbre à l'époque actuelle. La réponse que je me fis à moi-même était « non » car autodestructeur comme il l'était, il aurait disposé de moyens plus rapides encore pour se supprimer et aurait à peine eu le temps de monter un groupe que la mort, déjà, s'emparait de lui. Ça, c'était pour l'ironie. Pour le reste, il me paraissait évident que notre temps n'aimait guère les rebelles. Aurait-il seulement percé ? Peut-être mais on l'aurait vite oublié.

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Je m'arrêtais là dans mes réflexions car la tombe d'Alan Kardec occupait déjà tout mon imaginaire. Ce fondateur de la philosophie spirite avait beau avoir un tombeau sobre, il n'en attirait pas moins les foules. Les fleurs qu'on y déposait semblaient ne jamais défleurir. A peine un bouquet montrait-il des marques de faiblesse qu'un nouveau le remplaçait. On venait là discrètement mais en masse « pour se recharger énergétiquement ». Je pouvais l'accepter mais non le comprendre car j'étais une jeune femme réaliste pour qui l'imaginaire (du moins, je le croyais), avait peu de poids...