fin envoutement

Julie, jeune mariée et mère de famille, est hantée depuis des années par un fantôme sorti d'un livre. Littéralement traquée, elle se sent proche de la folie...

Le soir même, Bertrand est là. Elles ont disparu. Deux semaines durant cependant, elles se trouvent sur ma route. Tantôt, je les trouve dans une des chambres des filles, tantôt, elles sont dans le salon. Elles pénètrent dans la cuisine et vont même dans le jardin. Personne d'autre que moi ne les voit. Je suis affolée cependant et ne sais que faire. Je retrouve le livre d'Odilon Tilson en miettes. Des pages en sont arrachées mais pas n'importe lesquelles. Ce sont les plus belles lettres de Flore qui font l'objet du saccage. Le passage où la jeune femme sent son agonie proche est placardé sur la porte de ma chambre tandis celui qui porte sur l'adultère entre Espargnac et Flore est glissé sous mon oreiller. Ma chemise de nuit porte un matin des traces de sang. Je me mets à vomir beaucoup, j'ai de la fièvre et mon personnel s'inquiète. Voahangy en particulier craint un empoisonnement. N'ai-je pas renvoyé assez vite une première employée de maison quand j'ai entendu parler d'une personne plus responsable et capable, à savoir elle ? Tandis que le médecin n'y comprend pas grand chose et traite une intoxication alimentaire (à la suite de quoi? Notre hygiène est irréprochable en tout domaine !), elle me prépare des tisanes de plantes. Je guéris. Je cherche à joindre soeur Paule mais le Vietnam est loin. Mes lettres mettent un temps fou à lui parvenir, ses réponses se perdent et lui téléphoner est compliqué. Et puis que pourrait-elle me dire alors que je vis dans un univers de folie? Le livre déchiqueté n'échappe à l'attention de personne. Hagarde, je ne sais que dire à Bertrand qui s'inquiète brusquement de mon état de santé. Les filles sentent des présences dans leur chambre et dorment mal. Les gardiens malgaches se concertent et vont voir un sorcier. Ils ne me disent pas ce qu'ils ont entrepris. Je décide d'aller voir un menuisier et lui faire construire ce qu'il est bien convenu d'appeler un cercueil. Je l'entrepose dans le garage que nous n'utilisons pas et me mets à prier. Bertrand me traite de folle et pour la première fois, se désolidarise totalement de moi. Je lui oppose le fait qu'un livre me déstabilise depuis des années, que je lui en ai parlé à plusieurs reprises et qu'il ne peut ignorer que je suis hantée par deux fantômes : l'héroïne d'un roman qu'il n'a pas lu et le mari de celle-ci. Jamais, il ne m'a prise au sérieux. Me taisant, j'ai protégé mon couple et mes enfants et trouvé quelques alliés. Ce que j'ai fait n'est pas suffisant puisque ces deux esprits m'ont rejoint ici, chez moi et me harcèlent.