SOEUR

 

Julie, femme heureusement mariée, se sent poursuivie par le spectre d'une femme qui lui veut du mal. Elle s'en ouvre à une religieuse catholique, Soeur Paule...

 

-Flore Lesueur est démoniaque ?

 

-Il la rend telle. Vous m'avez prêté le livre et je l'ai lu. Elle fait naître la convoitise, voyez-vous. Ces lettres qu'elle écrit pour les autres donnent à ces pauvres bougres l'illusion du bonheur. Et avec son mari, elle n'est pas franche. Écrire pour les autres lui est monté à la tête. Elle veut échapper à sa condition. Espargnac est un levier. Malheureusement, le mari n'est pas aussi faible qu'elle le pensait...

 

-Vous parlez d'elle comme d'une vraie personne !

 

-Vous devez la considérer comme telle. D'ailleurs, vous le faites depuis longtemps.

 

-Qu'est-ce que ça change ?

 

-Elle est une femme qui vous envie, une femme réelle qui est heureuse. Vous devez la calmer en priant pour elle. Cela l'apaisera dans cet entre deux où elle erre.

 

-Et ce mari qui l'a empoisonné, qu'en est-il ?

 

-Il est déjà jugé au ciel et ne peut plus l'atteindre.

 

-Donc, je prie pour elle...

 

-Elle va venir dans vos rêves encore et encore. Accueillez-la. N'ayez pas peur. Dites-lui que sa délivrance est proche mais ne cédez sur rien. Vous intercédez, c'est tout.

 

-Aucune fin à réécrire ?

 

-Bien sûr que non !

 

Je regardai sœur Paule avec stupéfaction mais ne tardai pas à comprendre à quel point elle voyait juste. En effet, je priai et peu à peu mes relations avec Flore s'apaisèrent. C'était curieux d'ailleurs. Quand je l'avais considérée comme une victime, elle m'avait tourmentée. Maintenant que je la voyais comme une personnage fort pouvant porter ombrage à autrui, nos relations étaient pacifiques. Quel paradoxe ! Toujours dans son cercueil, elle paraissait désormais calme et tranquille, comme acceptant son sort. Elle était néanmoins toujours entre deux mondes. Mes prières l'apaisaient. Pour sœur Paule, c'était déjà énorme. La Providence ferait le reste. A Ai Van, je ne fis guère de confidences. Je la rassurai en lui disant que ses conseils m'avaient beaucoup aidé. L'esprit de cette femme méchante ne s'en prenait plus autant à moi. Mes nuits étaient paisibles et mes jours sereins. C'était mon employée. Elle eut l'intelligence de comprendre que je ne lui demanderais plus rien et continua à vaillamment s'occuper de Chloé, de Léa et de la petite Nine jusqu'à la fin de notre séjour au Vietnam. De ce pays si attachant, je regrette de parler si peu et si mal. Après le gigantisme du Mexique, il nous était apparu à Bertrand et moi comme une oasis où beaucoup menaient une vie précaire certes mais où le bonheur résidait souvent dans la bienveillance des esprits et la sagesse bouddhiste.