CAUCHEMARS

Depuis qu'elle a eu un livre dans lequel une certaine Flore Lesueur connaissait une mort tragique, Julie ne peut se débarrasser de l'encombrant fantôme de cette héroïne...

Flore disait vrai. Elle m'apparut souvent. A chaque fois, je refusai de prendre en compte sa demande d'aide et de soutien. Cela m'épuisa. Je m'ouvris à un médecin local de ces cauchemards récurrents. Il me donna des tranquillisants et je compris que, de ce côté-là, je n'avais rien à attendre. Il pouvait comprendre que des cauchemars récurrents me troublent mais y voyait le signe d'une inquiétude profonde qui s'exprimait par ce biais extravagant. J'affichais tous les signes extérieurs du bonheur. Il fallait bien que je fusse un minimum torturée sans quoi je n'aurais pas répondu à la définition de la nature humaine...J'étais nostalgique de la France, inquiète pour mes enfants et désireuse de rejoindre mes parents, voilà tout.

J'en vis un autre cependant et évoquai avec lui une histoire de spectre qui demandait réparation. C'était un mexicain cultivé qui nourrissait pour les expatriés qu'il cotôyait une sorte de condescendance amusée. J'avais du lire sans bien les comprendre toutes sortes de récits sur la fête des morts et voilà que je m'imaginais hantée...Pour m'effrayer, il me conseilla un psychiatre dont la réputation de sévérité me fit d'abord rêver. Selon lui, les femmes d'expatriés étaient souvent livrées à elle-même. Dans un pays qu'elles appréhendaient mal, il n'était pas rare qu'elles soient elles-mêmes l'artisan de leurs tourments. Un analyste tel que lui saurait démêler le vrai du faux et bien sûr me calmer...Je ne lui en donnais pas l'occasion et pris mes jambes à mon cou...

J'attendis alors Bertrand, qui après un long déplacement, revint. De nouveau, je me confiai à lui mais il se montra cette fois très froid et peu disposé à l'écoute. A peine avais-je reçu ses injonctions à relativiser ses rêves perturbants que la morte fantomatique cessa pendant quelques temps de hanter mes nuits. Après avoir éprouvé une grande culpabilité face à mon imuissance, je me sentis apaisée. De toute façon, pour lui comme pour moi, le Mexique était un enchantement moi. Nous étions très heureux de nos vies. Il adorait son travail, j'aimais le mien et nous avions nos filles.

Quand son contrat prit fin, il reçut de nombreux éloges et l'assurance d'une nouvelle affectation. C'était une enrichissante et matériellement, il n'y avait rien à dire !