enterre-vivante

 

Julie, une jeune femme heureusement mariée, se sent hantée par une créature fantomatique qui la terrifie...

En effet, cette femme de papier à la mort violente revint brusquement dans ma vie.

Mon mari et moi étions en vacances d'été chez mes parents, dans cette maison même où s'était déroulée mon enfance et nous profitions d'une halte bien méritée entre deux séjours à l'étranger.

Nous avions fait un bon dîner sur la terrasse et le soir tombant, la chaleur avait enfin désarmé. Nous étions très joyeux et Bertrand, je m’en souviens, tenait Chloé endormie sur ses genoux. Elle avait alors six ans. Je me souviens d’avoir eu froid l’espace d’un instant et d’avoir éprouvé dans ce joli jardin si français une crainte irraisonnée. Je n’y ai pas pris garde et suis allée dormir. Mon mari m’a rejointe. Nous nous sommes étreints avant de dormir, sans faire l’amour.

Le cauchemar a eu lieu à deux heures du matin. Une femme belle et élégante était allongée vivante dans un beau cercueil capitonnée. Elle en touchait la paroi supérieure car elle voulait sortir. Extérieurement, elle ne semblait pas paniquée mais à l’intérieur, elle hurlait. Ce hurlement m’a atteinte : il était fort et allait s’amplifiant. Il finit par me terroriser. Je me réveillai en sursaut et me mis brutalement à pleurer. C'était là une apparition violente et incongrue. Je pris mon mari à partie :

-Il y a une femme, une femme ! Oh, c’est horrible !

-Quelle femme ?

Bertrand, somnolent, tentait de m’apaiser :

-Une femme inconnue. Elle est prête à être mise en terre. Je vois son cercueil, tu sais !

Mon mari terre à terre pensa trouver le bon argument :

-Mais tu as perdu une de tes grands-mères ! Et ta marraine aussi, il y a longtemps. Elles connaissent cette maison. Tu es sensible à leur disparition …

-Il ne s'agit pas d'elles. C’est vraiment une femme inconnue qui m'apparaît.

Je dois dire que je ne reconnaissais absolument pas Flore et ceci pour plusieurs raisons. Le livre que j'avais eu entre les mains des années auparavant ne présentait qu'un portrait d'elle très jeune, à l'âge de dix-huit ans. Elle était très jolie mais c'était une peinture, non une photographie. Il était plausible qu'ont l'eût embellie. De plus, celle que je voyais était morte. Ses traits figés étaient altérés. Comment aurais-je pu faire le lien entre la jeune et jolie Flore, simplement vêtue, et cette femme élégante aux traits crispés par l'angoisse ? J'avoue que ce livre qui, des années avant, m'avait troublée, ne me revint pas en tête, et son héroïne non plus. Il s'était passé des années. J'avais oublié.

-Comment ça ?

-Elle porte un chemisier montant et une jupe longue. On dirait qu'elle vient du milieu du dix-neuvième siècle...

-Ah alors, ce ne peut être un bien grand cauchemar ! Tu auras du voir une actrice dans un film. Son personnage perdait la vie. Ceci t'a marquée...

-Mais…

-Julie, ne pleure plus et rendors-toi.

Ce fut tout pour cette fois- là et je pensais être quitte. Nous étions, comme je l'ai dit, en transit en France et serions bientôt au Mexique. L'ambitieux Bertrand avait décroché un contrat qui nous permettrait d'y passer plusieurs années. Aucune raison de s'inquiéter. Étant, comme je vous l'ai dit, adepte de littérature fantastique et de films d'épouvante, je me bornai à penser que mon rêve prenait racine dans un livre ou un film que j'avais vu récemment. Et voilà tout.