APRES GUERRE

Après la guerre, Jean-Pierre, dont la famille a éclaté, reste seul à Paris. Il est mélancolique.

Et je suis resté là.

Et j'ai fait des études de droit.

Oui, moi, le fils de pauvres.

Et je suis devenu substitut du procureur....

En ces temps d'après-guerre et de reconstruction, il n'était pas toujours simple de trouver un logement à Paris. Je vous ai dit que nous étions dans le vingtième arrondissement. Je suis le seul de ma famille à y être resté.

Et quand j'écris cela, je veux signifier que je n'en suis jamais parti, même si je vis depuis des années dans un cent -mètres carrés et que l'immeuble dans lequel se trouve mon appartement a belle allure.

Mais je viens à l'essentiel..

J'ai trouvé un logement après la dissolution de ma famille. C'était une petite chambre qui donnait sur le cimetière du Père-lachaise, lieu auguste dont on vous dit qu'il a aujourd'hui une superficie de quarante-huit hectares quand ce n'est pas quarante-quatre...Nous avions, en famille, vécu rue de la Roquette et, une fois seul et livré à moi-même, je trouvai une chambre rue du Repos.

La chambre n'existe plus depuis longtemps.

Mais la rue, oui.

Et j'y vis toujours, quoique bien mieux logé.

Il y a bien des choses que j'ai appris de ce grand cimetière et la première est qu'il peut être un ami. Dès que mon domicile devint une chambre mansardée au dernier étage d'un vieil immeuble, je pris l'habitude d'errer dans les rues dès que je le pouvais. J'évitais le cimetière en lui-même d'une part parce qu'un jeune homme qui préfère une forêt de tombes à la vie parisienne passe pour bizarre, de l'autre parce que la guerre nous avait apporté un tel de morts qu'aller voir les défunts illustres passait presque pour de la dérision au regard de tant d'êtres humains morts pour rien et surtout sans avoir gagné la moindre sépulture. Ma chambre était glaciale l'hiver et bouillante l'été. Les bibliothèques avaient leurs horaires. Il me fallait donc marcher.

Qu'est ce qui finit par avoir raison de moi et me fit arrêter mes déambulations, je ne saurais le dire.