JEUNES HOMMES 1945

Jean-Pierre : un adolescent dans la France de 1945.

La fin de la guerre.

Mes frères et moi revenant de Dordogne.

Le nouvel appartement de Paris près du Père Lachaise alors que nous avions habité au pied de Montmartre.

Mon père, revenu d'Allemagne, fou de joie mais déboussolé.

Et dans Paris sillonné cette fois par les armées de la libération, le sentiment que tout allait s'arrangeait puisque nous nous étions tous retrouvés.

Robert, mon frère aîné, allait avoir dix-huit ans.

Raymond, dix-sept.

J'en avais seize et mes sœurs suivaient, respectivement âgées de quinze et treize ans.

Ç'avait été difficile mais on faisait bloc.

Du moins, on le croyait.

Un peu déphasé par ses années à travailler la terre, mon père, ouvrier à la base, est redevenu chaudronnier. Ma mère a repris ses travaux de blanchisserie. Mon frère aîné a voulu apprendre la mécanique et l'autre a trouvé un emploi dans une épicerie.

Nous, nous sommes allés, plus sérieusement il faut le dire, à l'école. Mais malgré tout, tous sauf moi se sont vite lassés. J'adorais étudier et j'étais doué ; Apprendre, étudier étaient facile pour moi.

J'ai été repéré par un instituteur qui, je ne sais comment, m'a fait passer un concours qui ouvrait à une bourse, et celui-ci réussi, fait entrer au lycée. J'ai eu mes deux bacs.

Mes parents se disaient contents mais mentaient, je pense.

Ils avaient eux-mêmes travaillé très vite et sans doute étaient-ils désemparés. J'entrais dans une sphère de la « connaissance » dont ils s'étaient -bien qu'intelligents- sentis exclus.

Malgré cela, il nous fallait rester unis.

On avait, se retrouvant, tenté de remettre en place la tradition des anniversaires mais quelque chose ne fonctionnait plus ; pourtant, autour de mes jeunes sœurs, il y a encore eu quelques bons gâteaux et de grands rires.