LA GUERRE

Je crois que le premier janvier comme date d'anniversaire est resté lié à de bons souvenirs même au début de la guerre pour la simple raison qu'on était pas séparés. Il y avait Georgette ma mère et Lucien mon père et la ribambelle des frères et sœurs : Robert et Raymond mes grands frères d'un côté et Jacqueline et Monique, mes jeunes sœurs, de l'autre. Moi, Jean-Pierre, j'étais au milieu. Comme vous le voyez, nos jeunes parents étaient à la tête d'une petite tribu et il leur fallait autant d'énergie que de fermeté pour mener leur monde. Pourtant, je n'ai jamais senti qu'ils se privaient et que tout était dur alors que le conflit avec l'Allemagne était déclenchée. Mon père était encore jeune mais sa famille nombreuse ainsi qu'un petit problème de hanche l'ont empêché de partir au front et de rejoindre rapidement la grande famille des prisonniers de guerre. La vie a continué cahin-caha, l'occupation rendant le quotidien plus difficile ; mais il est resté l'ambiance familiale, le sentiment de l'unité qui nous habitait et pour moi, l'attente du premier janvier.

Et puis est arrivé le S.T.O. Mon père est le premier a avoir compris qu'il ne passerait pas longtemps à travers les mailles du filet. La convocation est arrivée et si vous vous attendez au récit d'un acte de résistance, alors vous serez déçus. Évidemment, il a regimbé intérieurement et tenté de jouer sur ses nombreux enfants et la légère déformation de sa hanche. Ça lui a valu la Bavière où en pleine campagne il a fait des années durant des travaux de ferme. Je ne l'ai jamais blâmé, préférant qu'il soit resté simple et sain et non un des faux héros de guerre que j'ai vu déambuler à Paris à la libération.