Jean Pierre RR

 

Au terme de sa vie, Jean-Pierre, qui était enfant sous l'occupation, se souvient de sa vie...

Je vais vous dire une chose : aujourd'hui nous sommes le premier janvier. Une nouvelle année commence. Tout le monde sait cela ! A New York, à Londres ou encore à Paris, beaucoup ont dansé toute la nuit. On a dû faire pareil à Lisbonne ou à Varsovie tout comme à Stockholm ou à Helsinki. Rassurez-vous, toutes les capitales européennes ne vont pas défiler. Ce que je veux dire, c'est que le passage d'une année à l'autre est le prétexte à de grandes réjouissances et quand on est jeunes, on ne veut pas manquer une occasion de s'amuser ; enfin ce qu'on dit. Je ne suis pas jeune car j'ai quatre-vingts ans.

Je n'aime pas le premier janvier et vous allez me dire que pour les gens de mon âge, le changement d'années est sans attrait. On a beau « s'amuser » ce soir-là dans les maisons de retraite et faire « un repas amélioré », il ne faut se leurrer : on se rapproche de la mort.

De ce côté là, je ne déroge pas à la peur qu'éprouvent les gens de mon âge. Au soir du 31 décembre, on se regarde dans la glace de sa salle de bain le cœur serré et le lendemain, quand on se regarde de nouveau, il nous semble bien que cet organe vital occupe encore moins de place dans notre anatomie tant la peur du temps qui passe nous rend inquiets.