ESCLAVE MOURANT

Après de multiples péripéties, Agnès Donnelle se retrouve dans la belle maison provençale où ses aventures ont commençé. Elle y libère des captifs. Le ciel fait le reste...

J'obtins donc de libérer ceux d'en bas. Les autres captifs furent lâchés dans la nature car modifier l'agencement de la villa devenait important. On se mit d'accord sur une version plausible de ma disparition. J'avais eu une crise d'amnésie. Du moment où j'avais quitté mon hôtel à Nice à celui où on m'avait retrouvée dans une rue de cette même ville, il s'était écoulé un temps dont j'étais incapable de dire quoi que ce soit. Je semblais aller bien étant vêtue comme je l'étais quand j'avais disparu et affichant une mine souriante. On me dirigea vers un hôpital d'où quelques temps plus tard, je sortis. Compte-tenu de mon passage à vivre, on m'avait doté d'une pension d'invalidité qui rendait inutile que je retourne à Bourges pour y enseigner. Je revis bien sûr Léonie, qui avait été folle d'inquiétude, Nicholas qui me montra une grande sollicitude et mes amis du club Alcyon. Mon projet était désormais de vivre en Hongrie mais par respect pour mes proches qui s'inquiétaient de ma santé, je passai encore un an en France, vivant chez une amie de jeunesse à Paris. Ellle revenait de vacances dans le sud et avait, avant de monter dans le train, acheté un exemplaire de Nice Matin. Voilà ce que j'y lus...

Le dix septembre dernier, un incendie dont la cause reste mystérieuse a ravagé une belle propriété sur les hauteurs de Manosque. Il s’agit d’une maison de maître entourée d’un beau jardin et de dépendances. Ont péri dans l’incendie Jacques-Alexandre Fiastre, propriétaire et ses invités parmi lesquels Madame Larroque-Daubigny, antiquaire réputée, monsieur Jean-Marc Prudence, metteur en scène et Steve Barnes acteur. Monsieur et madame Bondel qui étaient également invités dans la villa ont succombé à leurs blessures lors de leur transfert à l’hôpital. Il en va de même pour Anne-Marie Lohman dont le corps sera rapatrié en Suisse avec celui de ses deux fils. Il existe une dernière victime du sinistre mais les recherches ne permettent pas encore de l’identifier. Il s’agirait d’une femme d’environ trente-cinq ans. Sont a signaler également la mort de Mattéo Fallaci et de Raféu Bondel qui étaient employés à la villa.Rappelons que, retraité, Jacques Alexandre Fiastre a été compromis à plusieurs reprises dans des affaires de détournement de fonds particuliers et il a été suspecté lors de la disparition tragique des frères Antonelli, il y a quelques mois à Grasse. Rappelons aussi que son nom a été évoqué lors de la profanation de plusieurs tombes juives à Nice. Longtemps notabilité niçoise, Monsieur Fiastre n’a pas d’héritier direct. Il laisse donc derrière lui des appartements et maisons de vacances à Antibes, à Nice, à Marseille et à Bastia. Collectionneur d’art, il a au cours de sa vie, acquis de nombreuses toiles de maîtres. Grand amateur de concours hippique, il possédait trois pur-sang. Une cérémonie funéraire sera organisée le… »

Je fus stupéfaite bien sûr et le mot est faible. La disparition crapuleuse des frères Antonelli me fit de la peine et celle de Matteo me serra la gorge.

Il me restait à partir pour Budapest et je le fis. Je fus de nouveau hébergée au palais Itsvanfy où je coulais des jours heureux. Puis, je trouvai un emploi dans une école français privée où je gagnai ma vie. J'allais et venait allant souvent voir sœur Maria et nous parlions de mes ouvrages à venir. Ils étaient théoriquement terminés mais son esprit critique ne la laissant pas en répit, elle trouvait toujours quelque chose à redire.

Un bonheur ne venant jamais seul, je rencontrai un réalisateur de télévision. Il s’appelait Benci Batthyani et il avait d’abord été acteur. La vie de Sara Salkahazy. ferait bientôt l'objet d'un téléfilm en trois épisodes et il me présenta Aniko Szabo qui était pressentie pour le rôle titre. Elle avait trente et un ans et avait à la fois la grâce physique et l’intériorité nécessaire pour un tel rôle...Mais ceci est une autre histoire...

Au fond, tout allait bien mais deux personnes manquaient à l'appel : Péter et Paulina. Sandor et Szilvia me dirent qu'ils étaient en voyage. Celui-ci durait vraiment longtemps...Au bout de six mois cependant, je les vis réapparaître. Paulina me prit les mains et nous bavardâmes. Péter quant à lui me tendit une grande enveloppe de velours noir et en l’ouvrant, j’y découvris une plume majestueuse. La plaçant devant moi, je l'admirai et fis le vœu de continuer à avoir peur car la peur rendait curieuse et confiante...Puis mon ange se transfigura l'espace d'un instant et je fus infiniment heureuse.

 

Août -décembre 2015.

Réécriture : juillet -août 2019.