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Dans une villa provençale où elle a, en d'autres temps, séjourné, Agnès découvre des prisonniers maltraités. Elle veut les libérer...

J'insistais, je tempêtais et on finit tout de même par me donner raison. Je découvris, en bas, de pauvres êtres qui achevaient de se décrépir. Alors qu'en haut, on avait attiré des jeunes sans famille avec un peu d'argent avant de les malmener, ici, c'en état fini d'eux. A ce que j'avais compris, on laisserait filer au bout d'un moment les jeunes gens dont on avait fait des esclaves sexuels mais on le leur aurait si peur qu'ils ne se plaindraient jamais ni ne demanderaient de dédommagement. Personne de toute façon ne les soutiendrait jamais. Ici, on avait parqué dans de grandes cages de pauvres candidats à une vie meilleure qui étaient arrivés par camion ou par bateau. On les avait d'ailleurs honnêtement accueillis au nom de je ne sais quelle association humanitaire puis après avoir endormi leur vigilance, on les avait conduit ici, non sans leur avoir dérobé leurs papiers, s'ils s'en avaient et leur argent. Ils n'étaient personne et comme me l'avait dit Fiastre, une fois qu'on aurait trouvé leur cadavre, souvent à quelques centaines de kilomètres de là, ce serait un casse tête de les identifier et de savoir qui les avait tués. Il y avait là trois pauvres Marocains, un Éthiopien, deux Ivoiriens, deux femmes tziganes, une Roumaine et quatre Algériens, deux hommes et deux femmes...Tous étaient dénutris et marqués de coup.

Me voyant arriver, Fiastre, que je n'avais vu en haut, s'esclaffa.

-Donnelle ! Pas désireuse de faire ta mère maquerelle ? Tu préfères être à poil dans une cave, on dirait. Je leur demande de bien t'accueillir ?

Je pouvais lui cracher à la figure mais j'avais mieux à faire. Extirper de là ces malheureux. Je me mis donc à le haranguer, comme déjà je l'avais fait. De nouveau, il me regarda avec amusement et de nouveau, il refusa. La donne avait monté pourtant.

-En tout cas, Donnelle, tu as du cran ! Ah, que je t'explique...Je ne passe pas ma vie ici, ça pue trop. J'ai un fidèle lieutenant qui me seconde. D'ailleurs je vais te le présenter.

Un homme encore jeune, à la figure patibulaire, s'approcha.

-Andràs Kun...

Je sursautai...

-Vous ne pouvez-vous appeler András Kun.

-Ah ?

-Il est né en 1911 et mort en septembre 1945 à Budapest. C’était un prêtre catholique hongrois, condamné à mort et exécuté pour avoir commandé un escadron de la mort pour le parti pro nazi des Croix fléchées pendant la Seconde Guerre mondiale. C’était un Franciscain qui il a étudié à Rome...

-Tu as raison, j'ai un autre nom mais j'ai appris que tu adorais cette période alors j'ai pris un pseudonyme. Ça s’est gâté assez vite pour lui. En 1943, ni une ni deux, il est Budapest et il où il s'enrôle dans le Parti des Croix fléchées. Il a tué beaucoup de monde. En octobre 1944, quand notre bon Szalasi a pris le pouvoir, Kun s’est senti pousser des ailes. Il a participé à des assassinats de masse de à Budapest. Des Juifs, bien sûr. Le 12 janvier 1945, son groupe s'en est pris à l'hôpital juif de Buda Chevra Kadisha et a assassiné 140 personnes, patients et praticiens. Tu vois, j'ai de la chance d'avoir des patrons cultivés ! Quand j'ai découvert ce type, je l'ai adoré et j'ai décidé de m'appeler comme lui !

 

michelangelo

J'avais beau être nue et vulnérable, une énergie folle m'habitait.

-Kun a été condamné à mort par un tribunal populaire. Il avait tué cinq cent personnes et a reconnu les faits. On l’a pendu ! Et toi, si tu ne m'écoutes pas, il t'arrivera la même chose. On te tuera !

Le jeune homme eut l'air désarçonné mais Fiastre s'interposa.

-Tu es si savante, ma petite putain ! Un vrai livre ! Oui, il a été exécuté et regarde, il l’a battue à plat de couture ta bonne sœur ! Il est mort à trente-trois ans comme Notre Seigneur Jésus lui-même ! Je blasphème, mon cœur ?

-Oui. Maintenant, négocions !

-Dis-moi d'abord comment je vais mourir ! Tu es sûre que c'est avant toi ?

-Vous mourrez de mort violente car tout vous y appelle !

-Soit. Et l'Internationale que nous formons ? Nous sommes hongrois, italiens, cubains, chinois, syriens, brésiliens, américains, japonais …Nous sommes partout. Kun est une de nos déclinaisons et il ne te l'a pas dit, mais il a un site sur internet. Pas pour ces pourritures que tu vois là, non, mais pour recruter des sbires ! Crois-moi, ça se bouscule. Tu t'imagines bien sûr, toi, la femme nue et pas encore tondue que, si tu voulais nous identifier, tu le pourrais. Mais, il existe tant de belles villas, tant d’étés, de touristes chics, de plaisirs divers et de tortures ! Notre imagination est sans limite. Toi, tu as juste voulu parler du mal mais on ne peut pas parler de ce qui est incontrôlable.

Au point où j'en étais, ce genre de discours ne me mortifiait pas. On me laissa avec les autres, qui étaient aussi nue que moi, mais je constatais vite qu'on ne me traitait pas de la même manière. Je n'étais pas autant battue et pas affamée...Il me vint aussi à l'esprit que cette villa perdue, j'en avais parlé aux religieuses rencontrés dans le nord au début de mon odyssée et aussi à sœur Maria. Et il y avait aussi l'ange Peter. Les enquêteurs disposaient d'indices sûrs pour orienter leurs recherches d'autant que j'avais payé par carte bancaire la location de ma voiture et l'hôtel, ce qui permettait de me tracer à Nice. Et puis, il y avait la Providence...Je le sentais, les sbires de la villa n'iraient pas commettre l'impair de me faire disparaître. Une chance existait donc qu'ils me laissent partir...Bien sûr que je pourrais tempêter, parler et les inquiéter mais le temps que l'opinion publique se mobilise, ils auraient déjà réorganisé la villa en lui redonnant son aspect estival et auraient fait disparaître les victimes mais ça ne suffirait pas, j'en étais certaine...

Maintenant ma position, je m'obstinai à restez en bas et me dégradai tant que de force, on me remit en haut. J'avais droit, cette fois, à une chambre tranquille où un médecin s'occupait de mon état tandis qu'une infirmière me nourrissait et m'aider à marcher. Je me remis lentement mais retrouvai peu à peu mon apparence normale et au bout d'un moment, je vis arriver Chantal Larroque-Daubigny et Fiastre. Ils négociaient. Ma disparition ne passait pas inaperçue et des enquêteurs commençaient à se présenter aux portes de la propriété...Ils voulaient négocier. Je n'avais pas la somme énorme qu'ils exigeaient mais je donnais ce que j'avais et il s'avéra que j'en avais bien plus que je pensais. Une fois de plus depuis le début de mes aventures, le surnaturel œuvrait et je pouvais faire face à mes adversaires.