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Dans une villa provençale qui a vu le début de ses étranges aventures, Agnès retrouve Matteo, l'initiateur des jeux secrets. Est-il juste diabolique ou perméable au bien? 

Madame Larroque-Daubigny commentait :

-Ah mais celle-là ! Elle a servi à beaucoup  et pensait que c'était fini. Ces femmes qui ont de hautes aspirations me feront toujours rire ! Regarde celle-là avec son livre religieux et son public ! Une vraie truie...Elle n'est en rien différente de ces femelles de cinquante ans qui ne pensent qu'à coucher ! Vraiment, il y a une race inférieure.

-Certainement, madame.

-Raféu, tu en penses quoi ?

-Je suis de votre avis, madame. Elle n'est qu'un trou. A la différence des autres, elle n'est pas toute jeune, si je puis me permettre...

-Oui mais elle est amusante. Il faut la garder au chaud. Qu'elle mange bien, qu'elle se remplume. On refera une séance tous ensemble et ensuite elle continuera son dressage. Ce serait bien dans quelques temps de voir comment elle nous dresse ces jeunes gens si fragiles !

-Oui, madame.

-Et toi, qu'est-ce que tu as à dire ?

-Rien.

Une série de gifles plus tard, j'utilisai le mot « maîtresse », ce qui les remplit d'aise. Je les regardais tous, l'homme à tout faire et le majordome, la femme maigre et l'anglais stylé. Ils avaient tous usé de moi. J'étais épuisé. On m'emporta.

Quelques jours plus tard, en meilleure physique, on me ramena dans la salle. Ils étaient tous là, cette fois, sauf les deux frères. Ils se succédèrent avant de passer dans une autre pièce car à priori, nous étions deux. Je les reconnaissais, la Suissesse et ses fils, le metteur en scène, la femme maigre, l'anglais et son amant et bien sûr les deux domestiques...Les deux frères, par contre, ne faisaient pas partie du lot et on me gifla quand je tentai de connaître le motif de leur absence...

Entre les séances, on me faisait regagner ma chambre toute blanche et Matteo s'occupait de moi, me douchant, m'aidant à me nourrir, m'allongeant sur le lit étroit et remontant le drap sur moi. A ces moments-là, dans cet accoutrement que portaient aussi les autres hommes de la maison, il cessait pour moi d'être sexuel. Ses gestes, sans être affectueux, n'étaient pas secs et ses regards dépourvus de la cruauté inflexible qu'avaient les autres. Etait-il sensible de temps à autre à la détresse humaine ? Je voyais bien que je le surprenais. Il me trouvait étonnamment passive. Pourquoi est-ce que je pensais à rien ? Pourquoi est-ce que j'acceptais cela ? Moi, j'avais la réponse mais me gardais de la lui donner. Je savais qu'on me mettrait pas en bas et je voulais y aller...De victime, on voulait faire de moi une tortionnaire. Jamais je n'accepterais. Devant mon acharnement à refuser de malmener qui que ce soit, on devrait théoriquement me supprimer mais quelque chose me disait que ce serait risqué de le faire...

Je ne mis à lancer des propositions de rachat de victimes en augmentant les sommes et ceci, quand je me trouvais face à mes bourreaux. Bien sûr, ils riaient et continuaient leurs sévices sur moi comme sur d'autres mais je restais stoïque au fond tout en souffrant beaucoup physiquement et moralement...Pendant cette étrange période, je n'eus plus de relations personnelles avec quiconque sauf avec cet Italien qui restait parfois assis sur mon lit au delà de ce qui était permis. Lui qui était depuis très longtemps donné au mal pouvait-il être touché par l'horreur de sa conduite et l'ignominie de celle des autres ? Cela peut paraître naïf mais j'y croyais...

-Tu ne veux vraiment pas dresser ?

-Non.

-Il suffit juste de leur apprendre à baiser. Rien de sorcier.

-Non.

-Quelques coups de canes, de fouet, de cravaches ! Enfin, Agnès, tu vois bien qu'on ne les abîme pas tant que cela ! Il faut bien qu'ils nous servent !

-Non.

-En bas, tu sais...

-N'insiste pas, je veux y aller...

-Mais les racheter ! Pourquoi ? Pourquoi tu veux faire ça ?

-Ne peux-tu pas comprendre du tout ?

-Non.

-Je crois que si mais ça changerait trop la donne pour toi...

Et je ne me trompais pas, il le savait. Seulement il était très servile et étouffait vite en lui ces éclats d'humanité qu'il avait parfois...Il essayait encore de me montrer sa méchanceté, pourtant :

-Moi, être bon ? Souviens-toi de ce cierge que je t'avais donné...Je ne pouvais pas savoir que tu serais aussi bien accueillie à ton arrivée en Hongrie, je t'assure , sinon, tu n'aurais pas fait tout ça...

Pourquoi pensais-je qu'un lien secret existait entre nous, loin de toute cette saleté ? Je savais que je ne faisais pas erreur et sachant qu'il ne changerait pas, j'espérais être la seule à saisir cette étincelle...