BALATOOOOOOOOOOOOON

 

Agnès, qui termine un livre sur une religieuse hongroise ayant choisi le martyre pendant la seconde guerre, est en villégiature au lac Balaton. Elle est témoin d'une agression violente...

Il me restait une aventure à vivre auprès de ce lac. Jusqu'à maintenant, j'avais été menacée ou frappée mais toujours j'avais reçu de l'aide. Il s'agissait d' une force spirituelle qui ne venait pas de moi. Mais moi, jamais je n'étais intervenue pour secourir quelqu'un rencontrant des dangers similaires. Ne devrait-ce pas être le cas un jour ? Ce le fut et bien plus rapidement que je ne l'escomptais. Les sœurs, comme je l'ai dit, surveillaient de près leurs pensionnaires surtout celles dont l'histoire personnelle avait été très violente. En règle générale, les plus anciennes encadrant les plus jeunes, il y avait peu de débordements. Quelquefois, des jeunes femmes cependant posaient problème. Elles cherchaient à s'enfuir. Comme je résidais avec les sœurs, ce fut le cas de l'une d'elles nommée Petra. Elle avait vingt ans. Son enfance avait été terrible, à ce que m'avait glissé sœur Anna et encore mineure, elle s'était prostituée. C'était miracle d'avoir pu la récupérer et l'aider à échapper à la drogue. A la campagne, elle était bien, échappant aux tentations multiples de la ville. Elle était là depuis plusieurs mois et n'avait pas posé problème mais depuis quelques semaines, elle vacillait. Elle voulait partir. Ce matin là, je m'étais levée aux aurores et je déambulais dans le beau jardin de la propriété. J'entendais du bruit dans le réfectoire et n'étais pas inquiète. Quand j'aperçus cette jeune Petra qui filait vers l'arrière du jardin, je fus stupéfaite. Elle n'aurait pas du être seule. Aussi discrètement que possible, je lui emboîtai le pas et découvrit son but. Elle voulait faire le mur et avait choisi à l'arrière de la grande villa une partie vulnérable du mur d'enceinte. Débrouillarde, elle avait repéré des anfractuosités dans la paroi et s'en servit pour l'escalader. Bientôt, elle fut au sommet et sans se retourner, elle se laissa glisser de l'autre côté. Je sentis mon cœur battre la chamade et consciente qu'elle courait un grand risque, j'allai chercher un des gros chiens des sœurs, le mit en laisse et sortit par la porte principale avant de faire le tour de l'enceinte en courant. Si cette fille avait cherché à filer ainsi, c'est qu'elle avait un ou des complices et en la cherchant partout, je finis par retrouver sa trace. Elle était au bord du lac et portait une robe rose et des sandales. Deux jeunes hommes étaient avec elle. L'un d'eux était courtaud et très laid. L'autre, qui semblait un peu plus âgé que lui, avait une tignasse d'un roux agressif. Tous trois riaient beaucoup et faisaient de grands gestes. Il n'y avait personne à cet endroit et la scène aurait pu paraître comique si brutalement la jeune fille ne s'était mise nue. Elle entra dans l'eau, riant toujours et ils firent de même après s'être déshabillés. Tout le monde nagea d'abord tranquillement mais les deux garçons commencèrent à enserrer la fille, lui faisant boire la tasse et lui tirant les cheveux. Elle devait être adroite car leur échappant, elle se mit à courir sur la rive, sa robe à la main. Elle riait encore mais ne semblait plus si à l'aise d'autant que ses deux compagnons, furieux qu'elle se soit écartée d'eux, couraient aussi. Ils finirent par la coincer et la plaquer au sol. La tenant chacun par un bras, ils revinrent à l'endroit où je les avais observés et se livrèrent alors à des jeux cruels. Petra, nue, était à genoux et elle ne semblait pas en mener large. Le plus jeune des garçons l'apostrophait. Il avait le torse et les bras couverts d’une abondante toison noire et tenait son membre dans l’une de ses mains. A l'évidence, il provoquait la jeune fille en lui criant :

-Asszony ? Assozny ?

Sa demande était sotte : il lui demandait si elle était une femme. Cela réussit à faire rire la pauvre Petra mais à le semonce suivante, elle se mit à pleurer.

-Kurva ? Kurva ?

Cette fois, il lui demandait si elle était une pute. Elle rougit et tenta de se défendre en plaçant ses mains devant son visage. Déjà cependant, il la giflait, lui tirait les cheveux et la contraignait à une fellation grossière tandis que l’étrange rouquin l’interpellait à son tour :

-Slut ? Slut ?

Occupée à contenter l'un, elle était pressentie pour satisfaire l'autre. Elle obéissait mais avait peur. Bientôt, elle dut servir son deuxième tortionnaire. Que de laideur ! Si le plus petit était vraiment laid et mal fait, l'autre avait un nez trop grand, un petit front et une bouche aux élèves épaisses qui s’ouvraient sur de mauvaises dents.

-Azt akarom, hogy baszd meg.

Ils venaient de dire qu’ils voulaient la baiser et ils la firent s'allonger. Tandis que l'un se mettait à l'ouvrage, l'autre alla fouiller dans ses affaires et en sortit un couteau. C'était une pauvre fille que la vie n'avait pas gâtée. Toute jeune, elle avait déjà beaucoup souffert et ils voulaient l'envoyer à la mort...D'où sortaient-ils ? Les connaissait-elle ? Que lui avaient-ils raconté ? Comment étaient-ils entrés dans cette propriété privée que les touristes dédaignaient généralement par ignorance ? Pourquoi personne ne les avait-il repérés ? Les sœurs avaient des gardes...Aussi surprenant que cela puisse paraître, j'étais la seule à avoir assisté à la fuite de la malheureuse jeune fille et je devais agir. Cachée dans un buisson, j'étais pelotonnée contre le chien à qui j'avais intimé l'autre de se taire. Tout alla très vite. Me mettant à hurler, je lançai le berger allemand contre l'agresseur qui était inactif. Mordu à la cheville, celui-ci cria, empêchant le violeur de poursuivre sa tâche. Comme il se relevait, le chien l'attaqua aussi, le blessant à son tour. Petra se précipita vers moi et les deux garçons décontenancés prirent leurs jambes à leur cou. Quand nous rentrâmes, nous créâmes auprès des sœurs un événement qu'elles s'empressèrent vite de minimiser. Afin de ne pas semer le trouble parmi les pensionnaires, elles inventèrent une maladie et évacuèrent Petra vers Budapest. C'était le mieux qu'elles pouvaient faire. Me concernant , elles me remercièrent mais je vis qu'elles étaient perplexes. Depuis des années qu'elles étaient là, aucune attaque de ce genre n'avait jamais eu lieu, même sur une jeune pensionnaire qui cherchait à s'enfuir...Devais-je partir car j'apportais le danger ? Elles n'y firent pas allusion. Sœur Maria, quant à elle, me fit comprendre de façon laconique que la donne changeait. Les deux bougres qui avaient piégé la jeune fille n'étaient pas de bien vaillants adversaires mais tout de même, je leur avais fait face...

Il me restait à lui montrer mon texte dont la réécriture avait été menée à son terme. Malgré toutes les tâches auxquelles elle se livrait, elle trouva le temps de le faire. Cette fois, elle fut satisfaite. J'étais simple, humble et claire...Restait à faire le tour des éditeurs. J'allais me lancer dans l'aventure bien sûr mais avant cela, d'autres décisions s'imposaient. Je m'étais défait de beaucoup d'argent, en dépensais en Hongrie et participait aux études de ma fille. Il n'était pas possible pour moi de me réinstaller à Budapest chez Sandor et Szilvia faute de trop me démunir. J'avais commencé d'appendre le hongrois, certes, mais je me bornais à penser que les connaissances que j'avais acquises me seraient utiles quand je reviendrais. La France m'appelait pour mon livre mais aussi pour mon travail.Car j'étais enseignante et devais avoir un salaire pour vivre. Le départ de Balaton fut émouvant et celui de Budapest plus encore. A l'aéroport, mes amis et mes anges étaient là...