cauCHEMRS

Agnès séjourne en Hongrie pour écrire un livre sur une religieuse hongroise qui a choisi le martyr en temps de guerre. Supposée passée d'heureuses vacances, elle est hantée par son passé et fait des cauchemars...

Je rêvai également d’une jeune Benoît qui était inscrit en faculté de lettres comme moi. Il était grand et mince, blond lui aussi et d’une beauté discrète. Lui-aussi je l’avais évincé de ma mémoire et pour cause. Comment j’avais pu me retrouver au lit un samedi après-midi avec lui, je n’en avais aucun souvenir. Il me plaisait beaucoup. Ses réparties en cours étaient intelligentes et appréciées de nos professeurs. Il s’habillait joliment, mêlant les styles et il était pour moi l’incarnation du dandysme. Curieusement, il m’aimait bien et jamais il ne m’avait fait la moindre remarque négative. Je dois reconnaître que ce samedi-là, il se montra très doux et adroit. J’étais inhibée et ne jouissais qu’en me masturbant. Pour la première fois, mon corps réagissait à d’adroites caresses : il embrassait mon corps et le léchait. Il le caressait. Quand il me pénétra, je compris enfin ce qu’était la douceur dans le plaisir et le plaisir dans la durée. Je mis longtemps à me libérer et il m’attendit. A la fin de l’acte, je pleurai de bonheur et il me sourit. Je retrouvais dans mes rêves la grâce de son visage et la gentillesse de son regard. Au bout de quelques temps, je retournai le vol, surprise que notre intimité ait déjà pris fin. Je le trouvai en compagnie d’un homme d’une trentaine d’années, très élégant et cultivé. Je le connaissais de vue et savais qu’il était maître de conférences à l’université de Tours, où je faisais mes études. Le hasard faisait que je ne m’étais pas inscrite à ses cours. Stupidement, je refusais l’évidence et passai avec eux un bon moment. Toutefois, comme aucune proposition de sa part ne venait, je finis par le brusquer dans un café, à la sortie d'un cours. Il ne voulait donc plus ? Il me trouvait laide ? Si ce n'était pas le cas, alors quoi ? Il allégua un autre engagement. Ce professeur...Mais quels étaient ces liens avec lui ? Il fut direct. Ils étaient amants et c'était fort heureux car il se sentait compris et valorisé. Me refaire l'amour ? Oui, il le voulait car j'étais charmante mais il n'arrêterait pas avec l'autre. Il aimait être bisexuel. Je ne le crus pas, attendis un revirement puis me résignai. L’année suivante, je le vis moins. Nous ne suivions plus les mêmes cours. Lui-aussi je l’oubliais pour longtemps.

 

caUCHEEEEEEEE

Ses rêves récurrents me pesèrent d’autant qu’ils révélaient une sexualité troublée...Était-ce parce que j'avais ce vécu qu'un jour j'avais signé un étrange contrat me conduisant à la villa provençale ? L'habitude de ne rien dire, d'accepter les yeux fermés...

Je rêvais aussi de formes indistinctes naviguant entre la vie et la mort. Je me voyais sur une étroite bande de terre entre deux lacs aux eaux transparentes. Sous la surface des eaux, je voyais des visages immobiles, des têtes sans corps dont les cheveux flottaient. Des yeux avides ou implorants cherchaient à attirer mon attention et j’avançais lentement, certaine qu’un faux pas me ferait tomber et que nul dans l’eau ne m’aiderait à gagner la terre ferme. Je serais dévorée.

Pendant un temps, je fus la nuit, toute en tension mais le jour, je me sentais en pleine possession de mes moyens. Au fond, j'en vins à me dire qu'il n’y avait rien à refuser et il ne fallait pas avoir peur. J'avais été humiliée mais j'étais heureuse et malgré tout bien plus libre...