Rêves-et-cauchemars-2-330x275

Au lac Balaton, Agnès, jeune femme qui écrit un livre sur une religieuse hongroise, fait des rêves dérangeants alors qu'elle est venue chercher le repos auprès d'une amie, soeur Maria.

Un autre rêve fit renaître les démons du passé. J’avais cette fois dix-sept ou dix-huit ans et j’étais fascinée par une grande fille blonde qui était en terminale avec moi. Elle me paraissait déjà bien connaître et le sexe et l’amour alors que j’étais encore d’une naïveté absolue. Elle allait souvent à Paris, où son père qui avait divorcé de sa mère, vivait et elle en revenait souvent très gaie. Elle avait avec moi une relation ambivalente. Ne détestant pas avoir de longues conversations avec moi sur des auteurs que nous aimions toutes deux, elle me traitait alors sur un pied d’égalité et je sentais son estime pour ma culture. J’étais, il est vrai, une lectrice passionnée. D'un autre côté, dès qu’il était question de flirt, de sorties, de sexualité ou de garçons, elle me prenait au dépourvu et devenait hautaine, moqueuse quelquefois. Un jour, cependant, elle me proposa de passer un week-end avec elle à Paris. Mes pauvres parents se laissèrent séduire par le fait que le père de cette Valérie était avocat. C’était nécessairement pour eux un gage de sérieux. En fait de sérieux, le père de nom amie joua bien son rôle le vendredi soir. Nous dînâmes sagement avec lui avant de regarder un film à la télévision. Le lendemain, il fut présent au déjeuner puis disparut, nous laissant la jouissance d’un bel appartement près de la place de la Nation.Il avait une maîtresse qu'il était allé voir. Sa fille le savait et ne s'en souciait pas.

Vers dix-huit heures, les amis de Valérie commencèrent à affluer et avec certains d’entre eux, je m’occupais du repas du soir. Celui-ci fut gai et copieux. On poussa ensuite les tables et les chaises pour danser et il me fallut un certain temps pour comprendre ce qui se passait. Des couples se formaient et quand ils étaient las de s’enlacer et s’embrasser, ils changeaient de pièce. Valérie disparut dans une des chambres avec un beau jeune homme blond tandis que d’autres couples allaient faire l’amour dans diverses pièces de l’appartement. Moi, je riais et dansais. Un des garçons me prit à partie et se montra entreprenant. Cela me flatta mais il me suggéra de le suivre, je me raidis et me moquai de lui. C’était le pire que je pouvais faire car Valérie me regarda avec stupéfaction. Non seulement j’étais encore vierge mais je ne saisissais pas ma chance ! Elle s’écarta de moi et tout le reste de la soirée, me sourit avec dédain. Le lendemain matin, le père de mon amie était de retour. Il nous servit du café vers dix heures et nous allâmes ensuite faire le marché avec lui. Il nous emmena au cinéma après le déjeuner et me conduisit ensuite à la gare. Valérie prendrait un train plus tard. Je croisais le regard de mon amie : il était railleur. J’étais une oie blanche, une sotte. Je savais que désormais nos rapports seraient difficiles. J’en souffris mais n’en dis rien à quiconque. Elle ne termina pas l’année à Bourges car son père lui fit poursuivre sa terminale à Paris. Je pensai longtemps à elle. Je la détestais de m'avoir prise au dépourvu mais je me sentais stupide aussi de ne pas m'être laissée faire. Puis, je l’oubliais. Des années après, ces rêves que je faisais au bord du lac Balaton me la rendait telle qu’elle était : blonde, maligne, délurée, cruelle. J’escomptais qu’un tel fantôme du passé ne saurait me troubler longtemps. Il était si futile…