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18. Rêves et épreuves au lac Balaton. En vacances avec Soeur Maria au lac Balaton, la française Agnès Donnelle profite de ce temps à part pour boucler son livre sur une religieuse hongroise. La paix, cependant, n'occupe pas toujours son coeur...

J'ignorais, avant de m'y rendre que la congrégation à laquelle appartenait sœur Maria disposait d'une propriété auprès d'un lac dont la réputation de beauté ne me parut pas usurpée. Dans un grand chalet en pleine nature, travaillaient des femmes d'âges divers que la vie souffrance avait marquées, parfois très jeunes. Là, elles se répartissaient en ateliers divers : cuisine,broderie, couture, poterie, tressage et tissage, menuiserie, cartonnage. N'ayant pas d'insertion sociale, elles fabriquaient tout ce qui pouvait les aider à vivre et la dizaine de religieuses que je découvris là œuvraient pour qu'elles réalisent de beaux produits. Vêtements de femmes et costumes traditionnels, conserves et confitures, objets manufacturés, tout était de qualité. Dans plusieurs villes hongroises, ces objets étaient vendus dans des boutiques et un service de vente sur internet permettait d'en expédier ailleurs en Europe...Une telle efficacité ne pouvait que me laisser admirative mais ce premier émerveillement fut renforcé quand je rencontrai les « pensionnaires » de cette institution. Au contact des sœurs et d'un mode de vie exigeant et très rural, elles s'étaient transformées. Un certain nombre d'entre elles étaient croyantes où l'étaient devenues. Les autres, respectées comme telles, ne montraient aucune animosité à la religion. Toutes ces femmes-là, vivaient ensemble. Elles travaillaient de concert, mangeaient de même et se promenaient de concert. Quand elles n'allaient pas se baigner, elles faisaient du vélo ou marchaient. Deux autres vastes maisons les hébergeaient, l'une d'elle rassemblant davantage de sœurs. C'est là qu'on m'installa. Je bénéficiai d'une belle chambre et d'un petit bureau attenant, le tout à l'étage. De mes fenêtres, la vue était paisible, je voyais se rider les eaux du lac au delà de l'enceinte du jardin. Très vite, je compris que je devais pas faire sécession. Ces filles, il fallait les cadrer et les surveiller aussi ne devais-je pas afficher trop d'indépendance si je voulais pas faire germer dans leur esprit des idées nocives que les sœurs s'employaient à faire disparaître. Donc, pas de tour intempestif en voiture (je pouvais emprunter un des véhicules utilitaires de la congrégation), pas d'expédition pour nager ou me promener seule et pas de discussion à bâton rompu où j'aurais pu inciter quelques unes de ces filles à se rendre dans la ville la plus proche. Elles étaient fragiles, je m'en rendais bien compte, et peinaient à se gérer....

Il me restait donc à relire mon travail tôt le matin après l'office, à me joindre à un atelier avant de rejoindre le grand réfectoire. L'après-midi,je commençai mon étude du hongrois, allai faire un grand tour en bonne compagnie, assistai à la messe de fin de journée et manger de concert. Il était fréquent que je fasse un autre tour, le soir, le dîner étant placé à dix-neuf heures. Si j'y renonçais, je me remettais à l'écriture. Je n'avais jamais vécu ainsi et mentirais en disant que j'appréciais pleinement ce mode de vie où tout était collectif mais j'y trouvais une grande sécurité personnelle. Et puis, intellectuellement, j'étais sollicitée...Pour l'apprentissage du hongrois, sœur Maria m'avait nantie d’une quadragénaire très sérieuse qui, deux heures par jour, me donnait les bases. Elle s’appelait Magda et une partie de sa famille était en France. Je la trouvais d’emblée souriante et pédagogue car, n’ayant jamais eu à affronter une langue aussi complexe, j'avais besoin de soutien. 

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Avec ces couleurs acidulées et sa nature paisible, ce lieu me ravissait. J'y voyais aussi un clin d’œil du ciel. Sara n’avait-elle pas mis en place une institution pour donner des cours à des femmes au travail près du lac Balaton ? Sœur Maria me conduisit à l’emplacement de cette ancienne école. Il n’en restait plus rien, un nouveau lycée ayant poussé là, mais je restais joyeuse. Tout allait bien, alors ? Oui mais comme dans tout ciel bleu, des nuages pouvaient poindre et ils le firent. Je fis des rêves. Certains étaient très simples à décrypter et me renvoyais à des épisodes de mon enfance que j’avais occultés. D’autres étaient beaucoup plus sibyllins ; chargés de symboles, ils accompagnaient souvent la fin de la nuit et en me réveillant, il ne m’en restait que des bribes. Dans les deux cas, ils déclenchèrent en moi une inquiétude sournoise qui finit par devenir préoccupante.