gribouillage-visages

Une nouvelle fois, Agnès a été victime d'une agression. L'ange Péter l'a protégée mais il est blessé...

Pour la première fois, je la trouvai moins belle car plus humaine qu’angélique et ce fut moi qui, bien que toute contusionnée et souffrante, m’enquis d’elle :

-Avez-vous pleuré ?

-Oui.

-Pour quelles raisons ?

-Péter est blessé à la hanche.

-Je ne comprends pas !

-Il s’est battu et ils l’ont atteint…

-Où est-il ?

-Nous avons dû le transférer à la maison. Nous vivons dans le quatrième arrondissement de Budapest, un endroit très industriel où les touristes ne vont pas.

Elle se mit à pleurer et me redressant comme je pouvais, je tentais de la consoler.

-Les touristes, non, mais les anges si ! La preuve…

-Nous sommes aussi humains, si humains ! Péter ne s’est pas écarté de vous, ne croyez pas celui. Et ne pensez pas que je n’ai pas été très présente au départ car j’étais indifférente. Certains pensent que les anges sont hautains…

-Ma mère n’a jamais cru que c’était le cas et maintenant que je vous vois ainsi, je sais qu’elle avait raison.

-Elle pensait que nous étions faillibles ?

-Ou et elle pensait que vous êtes différents des saints. Ceux-ci viennent sur cette terre pour y vivre une existence apparemment stérile et qui soudain porte des fruits extraordinaires. Les Anges, eux, sont là pour leur donner le « souffle » nécessaire. Vous les précédez et cela vous expose peut-être parce que vous exposez à la lumière du Mal.

-Ainsi, vous savez ce qu’il a fait ?

-Je le sais car je vois qui il est. Pour les autres, il est Péter, un jeune guide qui a eu un accident.

-Un accident ?

-Que pourra- t-on dire d’autre ? Qui acceptera qu’il ait défendu une femme attaquée par un fou furieux portant l’uniforme vert des Croix fléchées ? Sans parler des autres… 

-Sa hanche ?

-Elle est luxée, il est tombé.

-Vous  pensez cela et son contraire?

 

GRIBOUILLIS

-La version officielle lui permettra de se soigner. Quant à l’autre, elle n’existe que pour peu d’entre nous.

Elle cessa de pleurer, essuya ses larmes d’un ravissant revers de la main et me regarda de nouveau.

-Comment était l’homme qui portait l’uniforme vert ?

-La trentaine, mince, très fort physiquement. Il n’était pas beau : un visage un peu veule et sans expression et des yeux verts très perçants.

-Et les autres ?

-L’une d’elle avait un physique vulgaire et l’autre, la plus jeune, était mince et assez jolie. Pas atrocement maquillée et parfumée comme l’autre en tout cas…Les femmes parlaient très forts et étaient sûres d’elles, comme le sont tous ces gens qui pensent que le pouvoir est fait pour eux et le restera. Je ne parle pas du pouvoir à un haut niveau mais de celui des exécutants. Vous savez, ceux qui n’ont fait que leur devoir et disent, lors de leur procès, qu’ils n’étaient pas responsables. Le genre à continuer leur tricot et à pousser des soupirs de en temps avant deux interrogatoires.

-Et l’homme en manteau noir ?

-Alors là, je ne sais pas, je ne revois pas son visage et vous savez, je mélange tout, je confonds tout ; Par exemple, la grosse femme n’était pas si maquillée que cela et l’autre, au contraire, portait un rouge à lèvre très rouge…Ma mémoire me joue des tours !