AHHHHHHHHHHHH

Agnès a signé une sorte de pacte avec des êtres maléfiques et ne parvient pas à le défaire. Même si elle est tranquille en Hongrie, ses proches sont inquiétés, parmi lesquels son ex-compagnon...

-Il sort plus qu’avant. Il me l’a dit. Ah oui, il est allé dans un nouveau restaurant de Bourges qui s’appelle La Nouvelle donne. Il y avait des gens du sud qui l’ont intrigué. Des musiciens et des comédiens de théâtre et des gens du cirque aussi. Certains d’entre eux n’étaient pas de première jeunesse. Il a insisté sur leur accent, qui l’amusait. Ils lui ont parlé de la Provence, d’une maison de maître dans la région de Manosque. Ils y avaient des animations et des soirées qui s’y déroulaient…

-Des soirées ?

-Oui, certaines étaient très élégantes, mondaines aussi. Mais toi, tu y étais à un moment dans cette région là. Ça ne t’évoque rien ?

-Près de Manosque, il y a beaucoup de belles propriétés qui sont louées par des vacanciers ou envahies l’été par les invités du propriétaire. Dans les deux cas, ils font des fêtes éblouissantes. Les orchestres y font des prestations à la soirée et il n’est pas rare qu’on fasse venir un mine ou des acteurs ou quiconque pouvant animer une fête. J’ai accueilli une quinzaine de personnes dans une maison de maître où il y avait beaucoup d’animation, du simple concert au bal costumé. Comment savoir si ces gens qu’il a rencontrés ont pu être engagés dans cette villa que je gérais ? Je n’ai pas de réponse.

-Il avait l’air contrarié mais n’a pas dit grand-chose d’autre. Ah si, il a sous-entendu que certaines de ces soirées étaient chaudes. Du sexe, beaucoup...

Je retins mon souffle et me sentis inquiète mais m’efforçai de ne pas paraître agitée.

-Ah oui, vraiment ? Dans ces cas-là, on chercher à en savoir plus ! Tu sais s’il l’a fait ?

-Je crois que oui car il avait des numéros de téléphone. Mais à priori, on s’est moqué de lui car personne ne lui a jamais répondu. Les numéros étaient faux. Maman, je te l’ai dit, tu n’es plus la même et je ne veux pas de faire de remarques maladroites mais c’est lui qui ne va pas bien du tout ! Je ne le reconnais pas ! Il n’arrête pas de dire du mal de toi et en plus, il a une voix suraiguë qu’il n’a jamais eue. On dirait qu'il imite quelqu'un, tu vois. Ça peut être un de ceux qui étaient à la Nouvelle donne...

SCOTCH

Je tressaillis soudain. Une voix haut perché, un homme du sud, une belle propriété...Se pouvait-il que ce fut Jean-Marc Prudence ? Oui, ce devrait être cela. A travers Nicolas, Prudence parlait. Je fus abasourdie. Toutefois, je ne montrai rien à Léonie et celle-ci continua à se faire rassurer.

-Une mauvaise passe, sans doute. Il a peut-être des ennuis dont il ne te parle pas !

-Ah, attends ! Il a aussi parlé de quelqu'un qu'il a cherché à revoir après l'avoir rencontré...Un drôle de nom qui finit par un « u »...Radelu, Refelu, quelque chose comme ça. Tu vois qui ça peut-être ?

-Pas du tout.

-En tout cas, ça l' énervait. Ce type au nom bizarre devait lui faire je ne sais quelles révélations mais au moment où elles devaient avoir lieu,dans un café à Bourges, il s'est volatilisé. Impossible de remettre la main dessus.

-Eh bien, quelque chose ne tourne pas rond chez lui ! Ne t'inquiète pas, ma chérie. Il a de la famille, des amis, des collègues de travail. Ils se soucieront de lui...

Ainsi, ils s'en prenaient à lui, les monstres de la villa. Madame Larroque-Daubigny avait bien raison quand elle m'avait écrit que même en croyant fausser compagnie à des êtres comme eux, je me fourvoyais puisque toujours ils étaient là. Après avoir tenté de me mettre à terre, ils rendaient Nicolas à moitié fou. Pour l'heure, il s'agissait de tout laisser sur un plan naturel, strictement humain. Prenant un ton apaisant, j'invitai ma fille à rester calme et l’assurai que je mettais tout en œuvre pour la faire venir au printemps, à Budapest. Elle sembla apaisée et le resta quand je la retrouvai sur internet. Quant à Nicolas, j'espaçais les contacts. Nul doute que les charmantes rencontres qu'il avait pu faire n'aient fait du bon travail. J'étais une incorrigible putain ! En acceptant d'en discuter, je me voyais entraînée dans une spirale sans fin de mensonges et de dénégations. Mesurant la force de mes adversaires, j'attendis des nouvelles directes de Prudence et de Rafféu mais rien ne me parvint...

Voulant rassurer ma fille, j'organisai concrètement son retour du Japon pour quelques vacances puis son transfert de Paris à Budapest. Elle fut ravie.