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1. Tendre vers le Bien et rencontrer le Mal...

Il n'est pas si simple d'être loin. Agnès en fait l'expérience. Sa fille est au Japon, son ex-compagnon en France. De Budapest, elle voit qu'ils changent...

Léonie me contactait de plus en plus en souvent sur internet et nous utilisions le moyen le plus commode qui soit pour nous parler. Cela me demandait beaucoup de vigilance car il y avait entre nos deux pays un décalage horaire important. Je ne pouvaisdonc me connecter qu’à des moments précis et à des horaires parfois fantaisistes. Je voyais apparaître son visage avec bonheur et je sentais son ravissement à voir le mien. Je la trouvais beaucoup plus jolie qu’avant, très souriante et très heureuse de ce qu’elle vivait :

-Tokyo est une ville magnifique. Tout y est ultramoderne, bien sûr, mais c’est on est tellement dépaysé ! Les Japonais sont incroyablement différents de nous. Ils adorent les rituels ! Tu devrais venir ! Regarde, tu t’es toujours défendue d’aimer les voyages mais tu séjournes en Hongrie et ne sembles pas pressée de rentrer ! Finis ce que tu as à faire là-bas et viens me rejoindre !

-Je dois réfléchir !

Elle était très enjouée et sincère. La colère qu’elle avait pu emmagasiner contre moi s’était dissoute. Je lui manquais d’autant plus qu’elle me trouvait changée :

-Tu es très différente d’avant, maman. D’abord, tu es plus belle. Tu brilles de l’intérieur. Je le vois sur les photos que tu m'envoies.Et tu t’habilles beaucoup mieux aussi. Ce qui me frappe, c’est que tu n’es plus amère et fermée comme tu l’étais.

-Tu n'as plus le sentiment que je passais ma vie à savoir comment je m'en tirerais au mieux en utilisant les autres au maximum ?

-Oh maman ! J'ai dit cela, c'est vrai mais tu m'énervais !

-J’étais très butée, égoïste. Tu n'as pas tort.

-D'accord mais les reproches, on te les a déjà faits...

Elle était très convaincante et j’avais envie de lui faire plaisir. Le Japon…Me sentant pensive, elle reprit :

-Papa est pire que toi pour les voyages ! Je n’arrive pas à le décider à prendre un avion. Alors, je me dis que je pourrais vous voir tous les deux à Paris si vous vous mettiez d’accord. Je sais ce que tu vas dire : vous vous êtes séparés. Mais tu as changé, je te l’ai dit et ce qui était impossible hier ne l’est peut-être pas aujourd’hui.

Elle était si insistante que je finis par souscrire à l’état de quitter momentanément Budapest pour les retrouver l’un et l’autre dans un hôtel du Marais, comme ils me le proposaient. Nicolas s’y mettait maintenant et manifestait la même impatience. Si j’avais eu de présence d’esprit, je leur aurai cédé mais ne le fit pas. Et je n’eus pas besoin pour cela de demander conseil à Péter ou à Paulina. Aller à Paris était me mettre en danger. Restait à leur proposer Budapest, ce que je fis. La réaction de mon ex-compagnon fut très sèche :

-Mais c’est l’hiver en Europe centrale. Combien de degrés en dessous de zéro ? Et il faut un visa ! Tu ne nous facilites pas la tâche, dis-moi !

-Pour Léonie, c’est un voyage un peu compliqué à organiser ! Vous pourriez venir en mars ou en avril. Le temps serait plus clément. C’est une ville magnifique. Vous passez quelques jours à Paris, le temps qu’elle se remette du décalage horaire et vous prenez l’avion pour Budapest. Vous serez charmés !

-Elle se trompe en disant que tu n’es plus la même ! Tu ne penses qu’à toi, je ne vois aucun changement.

Compte tenu des échanges téléphoniques que nous avions de temps à autre, je fus surprise. Il y a longtemps déjà qu'il s'était apaisé et menait une vie qui lui convenait. Pourquoi alors ce ton agressif ? Écartant un soupçon, j'insistai :

-Léonie est au Japon depuis un an et demi et si je ne peux m’y rendre maintenant, je compte le faire. Elle est supposée y rester deux ans encore. Quant à mon manque d’entrain pour Paris, je ne peux t’en révéler la cause mais elle est loin d’être futile. Ce que j’ai à faire en Hongrie est très important pour moi. L’enjeu est lourd. Je ne peux pas quitter ce pays avant des mois.

Il eut un ricanement étrange.

-Un enjeu très lourd ? Quoi, tu vas écrire le livre du siècle ?

Son acharnement me consterna. Il ne servait à rien de lui en dire plus.

-Réfléchis pour la Hongrie.

-Ah bien sûr, c’est à nous de venir car toi, tu ne bouges pas ! Rien n’a changé, c’est bien ce que je te disais. Et tu es dans un palais, il paraît ! Et avec cela, tu as une nouvelle garde-robe, cette fois très chic et coupe de cheveux est différente…