HORTHY ET HITLER

 

Impossible d'écrire sur Sara Salkahazi, cette religieuse qui a partagé la mort de victimes du nazisme, si l'on ne connaît pas la Hongrie de la seconde guerre. Pour en savoir plus, Agnès interroge Bogdan Istvanfy, un témoin...

-Car Horthy joue double jeu…

-Oui, dès 1942, il sent le vent tourner et entame des négociations avec les Anglais et les Américains. Seulement, les Allemands en ont vent et commencent à se méfier de lui. Leur méfiance se renforce quand, en février 1942, Horthy fait de son fils Istvan, le Vice-Régent. Cette prise de fonction déplaît fortement. Joseph Goebbels aurait écrit dans son journal que « le jeune Horthy était encore plus philosémite que son père ». Je cite de mémoire et il vous faudra vérifier que cette citation est exacte. Istvan est loin de se douter que seconder son père va lui coûter la vie mais c’est pourtant le cas. En août, de la même année, son avion s’écrase, probablement saboté par les Nazis. A partir de ce moment, le Régent essuie beaucoup de remarques. En avril 1943, Hitler le « reçoit » en Bavière et lui fait part de sa déception. La politique hongroise vis-à-vis des juifs n’est pas à la hauteur de sa voisine polonaise. Quelle inefficacité ! Horthy allègue les réformes qu’il a déjà fait appliquer mais le Führer les juge faibles ; et de toute façon, il veut la chute de cet « allié » trop peu convaincant. Le convoquant de nouveau en Allemagne, il veut son approbation. La Hongrie doit bien davantage s’impliquer dans l’effort de guerre et accepter d’être occupée par les troupes nazies. Le Régent refuse mais le Führer a anticipé sa réaction. Deux jours après leur entretien, la Hongrie est envahie.

-Nous sommes en 1944.

-En mars. En très peu de temps, tout passe aux mains des Allemands. Miklos Horthy n’est pas destitué mais il est clair qu’il ne fait pas ce qu’il veut. On lui impose un représentant du Reich, Vincent Veesenmayer. C’est un officier zélé qui donne à la Hongrie nazie ses heures de gloire. Arrestations, exécutions sans motifs et déportations vont bon train.

-Que fait Horthy ?

-Ce qu’il peut ! En juillet 1944, il tente d’imposer son veto au transfert massif des juifs vers les camps d’extermination mais il ne rencontre aucune écoute. Loin de diminuer, les déportations augmentent. La guerre est perdue, il le sait. En août 1944, l’Armée rouge est aux portes de la Hongrie. Le Régent dissout le gouvernement et veut entamer des négociations avec les Soviétiques. Il ne le peut car les Nazis enlèvent un autre de ses fils, prénommé Miklos, comme lui. Ne voulant pas sa mort, il ne lui reste qu’à accepter comme premier ministre Férenc Szalasi. Les croix fléchées sont au pouvoir…

 

Miklós_Horthy_de_Nagybánya-Pd-italy-334

 

-Horthy abdique ?

-Oui car il n’a pas d’autre choix. Il reste en état d’arrestation en Bavière, où les Américains le retrouvent en 1945. Bien qu’une demande ait été faite par la République fédérale populaire de Yougoslavie, il n’est pas jugé comme criminel de guerre mais est autorisé à partir au Portugal où il mourra de sa bonne mort en 1957, à l’âge de quatre-vingt- neuf ans. Salazar l’a accueilli. Dans ses Mémoires, il explique qu’il n‘a jamais fait confiance à Hitler mais a voulu redonner sa puissance à la Hongrie qui avait été amputée des deux tiers de son territoire par le traité de Traité de Trianon. Son corps a été rapatrié en 1993.

-Comment est-il perçu aujourd’hui ?

-Il n’est pas détesté du tout. L’extrême-droite l’apprécie. Et notez que je ne suis pas d’extrême-gauche.

Je sursautai à ces propos et pour la première fois, il m’adressa un sourire amusé.

-Je vous sois soucieuse et me dois de vous rassurer. La droite modérée respecte Horthy et je fais partie de ceux qui pensent que, dans ces années terribles, il a tenté de redonner à son pays sa grandeur perdue. Je ne suis pour aucun extrême. Certainement, le Régent était plein de contradictions. Il n’appliquait pas les mesures antisémites qui avaient leur pleine mesure dans d’autres pays « amis » du Reich, ce qui fait de lui un homme bon. Il regrettait de ne pas être roi et jouait double jeu, ce qui fait de lui un homme mauvais. Mais il a fini ses jours en exil. Il a vécu dans un pays en dictature où il écrit des Mémoires qui prêtent à la controverse. C’est sûr, ce n’est pas glorieux. Mais je ne parviens pas à mal le juger.

 

REGENT HONGRIE