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Agnès est arrivée à Budapest, la ville où pour elle, tout doit se jouer...

Jadis, le palais Istvanfy était une demeure aristocratique. Désormais, elle fait aussi fonction de chambres d'hôtes pour clients aisés. C'est dans ce lieu qu'Agnès, aidée par Péter et Paulina, deux anges, rencontrent ces hôtes hongrois: Sandor et Szilvia. Elle fait aussi la connaissance de Bogdan, un vieil aristocrate qui a traversé la seconde guerre...

J’étais donc aux anges et défis mes bagages avec joie. Je rejoignis ensuite Péter qui me présenta le palais. A l’étage, les portes ne s’ouvraient pas car les locataires d’un jour ou d’une semaine se partageaient les lieux. Les Istvanfy ne se donnaient même plus la peine de louer leur bien sur internet tant la réputation des lieux était grande. Les dîners y étaient succulents et on y tenait toujours de bonnes conversations. Tout ceci me remplit d’aise mais je fus naïve. A mon sens, il ne pourrait être question que de ma quête car elle était importante mais dès que nous fûmes à table, je compris mon erreur. Anglais, Américains, Russes, Japonais ou Français se rejoignaient là pour découvrir les charmes de la cuisine hongroise et échanger sur les visites du jour. Tous guettaient les prises de parole de l’un ou l‘autre de nos hôtes et se suspendaient à leurs lèvres. Or, ceux-ci ne faisaient guère qu’indiquer un concert à aller écouter ou une exposition à aller voir. J’aurais pu m’offusquer et vouloir aller vite mais je n’en fis rien et me laissai guider.

Péter et Paulina menaient rondement leurs affaires et je tombai vite d’accord avec eux. Péter me proposa d’être avec lui de huit heures à midi. Il accompagnait toujours un groupe composé de trois à six personnes et je pouvais m’y adjoindre facilement. Nous commençâmes d’emblée à parcourir Budapest. Péter me stupéfia. Ses explications étaient claires et il ne manquait pas de ressources car nulle question ne le prenait au dépourvu. Pour tout un chacun, il était un beau jeune guide efficace et compétent. Un de ceux qui obtiennent le plus de bonnes notes dans les agences de voyage. Pour moi, il était autre et quand je me retrouvais seule avec lui, je voyais paraître l’être surnaturel. Sa beauté devenait totale et je voyais l’Ange qu’il était. Il ne savait mais n’en disait jamais rien.

Après le déjeuner, que j’avais pris avec ceux qu’ils guidaient, je rejoignais Paulina. Le temps devenait frais et il devenait difficile d’aller dans un de ces beaux jardins publics dont la ville regorge. La jeune femme m’emmenait dans une piscine où nous nagions en riant avant de prendre un thé bienfaiteur. Ensuite, nous nous dirigions vers le palais où elle restait encore à bavarder avec moi avant de me laisser. Elle aussi, par instants, montrait qu’elle n’était pas de ce monde.

Tout avait tellement changé dans ma vie que je devenais légère. Les quittant l’un et l’autre, je ne pensais qu’au bain bienfaisant, au massage et au dîner qui m’attendaient. Tout cela était très bien et je n’étais jamais seule. Je n’éprouvais aucune crainte mais j’avais le désir de savoir pourquoi j’étais là. Je finis, au bout de quinze jours, par questionner mon hôte imposant.

-Monsieur Istvanfy, je suis venue pour Sara. Vous ne l’ignorez pas. Parlez-moi-d’ elle.

-Je n’ai que quarante-six ans et ce n’est donc pas moi qui le ferai, mais mon père. Il ne parle pas français mais allemand et russe. Péter traduira.

-Votre père me parlera de Sara ?

-Non, des Croix fléchées. Il faut commencer par cela.

Il était certes intimidant mais j’avais franchi le pas. Quand je tentais de faire de même avec son épouse, que j’avais trouvée très froide, celle-ci fut dissuasive.

-Je joue un rôle ici : celui d’héberger dans une demeure aristocratique des touristes ou des érudits, des chercheurs. Je ne me retourne pas sur le passé ni pour la bonne ni pour la mauvaise cause et n’ai pas d’état d’âme à ce sujet. Je laisse cela à d’autres. Mon souhait est que vous vous sentiez bien dans ce lieu prestigieux. Et c’est tout.

Très brune, Szilvia était une belle femme aux yeux verts pleine de retenue. Elle était très polie avec ses hôtes mais distante. Si elle n’avait eu pas ce charme un peu désuet qui fait regretter de ne pas avoir côtoyé beaucoup de grandes dames, elle aurait paru antipathique. Mais elle ne l’était pas. Je la regardai cette fois disparaître en laissant derrière des effluves d’un parfum oriental dont le nom m’échappait et admirait une fois de plus sa tenue d’une élégance discrète mais totale.