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1. Après l'épreuve. Une vie normale ?

J'étais revenue à la vie normale. Ce que j'avais vécu m'apparaissait comme lointain d'autant que je devais de nouveau enseigner. Si j’avais eu auparavant beaucoup d’aigreur et d’appréhension en ce qui concernait ma carrière, je fus totalement rassurée. J’avais demandé en un moment de lassitude, une mutation pour Tours. On me l’avait accordée et au retour de ces étranges vacances, je fus surprise de quitter un lycée de bonne réputation pour des cours à l'université. M'étant beaucoup plainte de mon salaire, je ne le trouvai plus si dérisoire et le fait d'être affectée dans le supérieur me galvanisait. Du reste, il suffit de deux semaines pour me ravir : j’avais changé d’univers ! J’étais face à de jeunes étudiants pleins de sagesse et de capacité à se concentrer. Ce serait bien. Ayant déménagé, je me mis à faire des allées et venues pour rester en contact avec ma fille et du reste, je ne disposais à Tours que d'un pied à terre.

Étant en charge de cours de première et deuxième année, je m'étais mise à relire ces grands écrivains français du dix-huitième et du dix-neuvième que j’avais adorés adolescente et jeune fille et me replongeai dans les auteurs du vingtième siècle que j’estimais les plus visionnaires. Quant à notre siècle naissant, je ne le négligeai pas mais constatai que j’avais peu de recul. Dès qu'on s'écartait du champ universitaire, on ne savait où donner de la tête. Tant de livres paraissaient que c’était à se demander si toute personne disposant d’un peu de temps devant elle et d’une connaissance correcte du lexique français ne se prenait pas d’emblée pour un futur grand romancier…Une telle naïveté ou une telle prétention ne pouvait que me rendre prudente. Mais les livres, ah les livres ! Quel bonheur de les retrouver et surtout quelle libération de constater que mes zélés étudiants s’en emparaient et venaient m’en parler ! J’étais vraiment satisfaite.