chagall

Dans la villa provençale où elle est arrivée sur l'instigation de Jacques-Henri Fiastre et de madame Larroque-Daubigny, Agnès a une liaison avec le majordome et une autre avec le jardinier...

Cet abandon de mon projet, qui me paraissait de plus imminent me désolait tout de même car j’estimais être une intellectuelle. Or, se séparer du plaisir d’écrire, qui était vraiment contraignant et créatif pour la recherche effrénée de la satisfaction sexuelle vécue pour elle-même me semblait un parjure. Je n’avais d’avenir avec aucun de ces deux hommes et on m’avait appris qu’il fallait en avoir un avec un partenaire attitré. J’avais tenté de le faire avec l’échec qui en avait résulté. L’écriture était la voie noble qu’il fallait puisque je ne savais pas construire une vraie union. Au lieu de cela, je courais coucher avec deux hommes et le temps manquait pour tout autre chose.

Cependant, les premiers invités de Monsieur allaient arriver et madame Larroque-Daubigny appela :

-Agnès ! Je sais que tout va bien !

-Par qui ?

-Mais Matteo. Il vous voit peu, à ce qu’il me dit, mais sait que vous tenez la route. Et votre roman ?

-J’en ai la trame. J’ai commencé. Des difficultés, tout de même…

-Vous êtes dans un cadre propice et vous allez réussir. Écoutez, la veille de l’arrivée des invités, je vous rappelle pour que tout soit clair. Vous êtes d’accord ?

-Naturellement.

Quand elle rappela, j’étais allongée sur un des canapés du grand salon et Raféu, agenouillé, me léchait doucement. Je tentais de rester la plus sérieuse possible, ce qui, compte tenu de l’absolue maîtrise de mon jeune partenaire dans le domaine qui nous intéresse, présentait certaines difficultés. Comme elle récapitulait les exigences de chacun des invités après avoir reprécisé les modalités de leur accueil, mon jeune amant entreprit de me pénétrer et le fit par avancées progressives. J’eus du mal à me contrôler mais dès qu’il eut commencé à me pilonner, je me sentis moins nerveuse et continuai de discuter avec celle que je considérais comme ma patronne. Nous nous saluâmes chaleureusement et au moment où je raccrochai, je fus emportée par un orgasme d’une telle densité que je remerciais la providence. Mon interlocutrice aurait-elle voulu prolonger la conversation qu’elle n’aurait pu ignorer le délicieux spasme qui me traversait. Heureusement pour elle comme pour moi, je pouvais jouir sereinement et mon tout jeune amant, profitant de la liberté offerte à une femme ménopausée, put se libérer en moi en toute quiétude. Il s’y trouva si bien qu’il resta sur moi et Matteo qui attendait son tour dut le faire se lever pour pouvoir lui-aussi me pénétrer. Il fallait tout de même qu’il eût sa part !

L’un et l’autre, l’un et l’autre. Il fallait que tout fût bon. Et ce le fut.

Et le roman ne s’écrivait pas. Djamila en Algérie se désespérait de revoir Jean et celui-ci se lamentait. Puis toit était en suspens : je n’écrivais pas plus.

J’allais devoir accueillir dans cette maison patricienne et tout changerait.

Je le croyais et ce fut vrai : tout changea.